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dimanche 16 décembre 2012

17 décembre - Le souffle du silence

Passage à Nantes. Le dernier avant la fin de cette année. Le dernier avant la fin de ce blog. Il n'y a plus de studio. Et difficile de trouver ma place dans cet appartement: je pose mon ordi sur la table de la cuisine, j'évite de regarder autour de moi, fais attention à ne pas laisser de traces, ne m'imagine aucun avenir ici. Ne m'imagine d'ailleurs pas grand chose comme avenir - mais non, ce n'est pas le syndrome fin du monde (!) seulement fin de l'année, fin d'un cycle et rien devant. 
Je veux changer de métier et ce n'est pas très sérieux. Je voudrais changer de vie et ce n'est pas possible, pas maintenant, pas avant deux, trois ans. Je voudrais trouver en moi le courage, l'énergie d'écrire, me poser, arrêter de me disperser, éteindre la radio, l'ordinateur, la télé. Entrer dans le silence. Trouver le souffle du silence. Sound of Silence, chantent Simon & Garfunkel... "In restless dreams I walked alone". Les écouter, les larmes me montent aux yeux. Oui, "darkness my old friend"...
http://www.dailymotion.com/video/x2caaa_simon-and-garfunkel-sound-of-silenc_news#.UM3JZKzZ02w
Ce moment, je l'ai déjà vécu, si souvent, partant en retraite dans des monastères où je tournais en rond avec ma colère, les doutes, l'effroi. Le sentiment de ne pas pouvoir aimer, ne pas savoir, je croyais avoir appris mais... J'ai recommencé à perdre le contact avec moi dans l'échange avec l'autre, puis le contact avec l'autre, il pleut dehors mais le sable avale l'eau. Dans ce désert, je suis perdue. 


En réponse à ces angoisses, le Dalaï Lama: "Plus vous êtes motivé par l'amour, plus votre action sera libre et sans peur." Bien sûr, le contraire de l'amour, c'est la peur. Merci de me le rappeler.

vendredi 23 novembre 2012

24 novembre - mélancolie

"Il pleut sur Nantes, donne-moi la main, le ciel de Nantes rend mon cœur chagrin." C'est la journée Barbara sur France Inter, et les souvenirs se mélangent dans mon cœur chagrin avec le temps gris et mon amant nantais encore un peu loin. 
Pourquoi imagine-t-elle à Nantes, justement, la mort du père violeur ? J'aurais aimé lui poser la question, puisque de toute évidence c'est un choix poétique: elle raconte un "chemin qui longe la mer" pour aller au cimetière et bien sûr il n'y a ici que la Loire, l'océan est loin. A l'époque, Nantes avait sans doute une image grise, triste, très éloignée de celle d'aujourd'hui.

Barbara (Monique Andrée de ses vrais prénoms, aussi difficiles à porter l'un que l'autre), c'est toute une adolescence. J'aimais mieux que tout "Pierre" et la pluie sur le carreau et l'attente d'un homme aimé. J'écoutais en boucle "Göttingen", "Si la photo est bonne", ce mélange parfait de mélancolie et d'ironie. Sans doute pourquoi, encore aujourd'hui, cette voix me donne le frisson. Un tragique dont moi, violée aussi, abusée, incestée, j'ai appris à me délivrer. Mais il en reste bien sûr toujours quelque chose - et je l'entends, là.

vendredi 21 septembre 2012

22 septembre - Clopi-Nantes

Scopitone, c'est un concentré de la scène nantaise agitée du bocal. Festivités numériques et musiques du même métal, concerts et installations, trucs alternatifs et participatifs, en des lieux multiples mais évidemment l'Ile en première ligne. Clopinante, j'en profite pas cette année. Ça tire, ça fait mal, j'essaie de me souvenir comment j'en suis sortie la dernière fois. Fâchée de l'adversité. 
En écho, ce joli moment dans le film "Les saveurs du Palais", quand le président de la République vient glaner une tartine aux truffes chez sa cuisinière attitrée, à qui l'on fait des misères et il confesse qu'à lui aussi - la maladie, les médecins, les régimes. Il la regarde et répète: "L'adversité. C'est grâce à l'adversité que je tiens encore debout." Elle le voit monter péniblement l'escalier. Ils n'en ont plus pour très longtemps, ni l'un ni l'autre. L'adversité donne du courage, certes. Mais il est bon de s'en libérer. Sinon, à long terme, elle aura toujours raison.
Et puis me souvenir que j'aime les 22 septembre. Grâce à la chanson de Brassens ("Le 22 septembre, maintenant, je m'en fous"). Et pour le joli souvenir d'une rencontre, fête de mariage de copains (divorcés peu après, faut avouer, le rigolo c'est qu'elle avait eu une brève aventure avec le père de ma fille), j'avais aimé les belles chaussures de cet homme, il m'avait semblé élégant, j'avais aimé aussi son regard, son drôle d'accent, son humour. Je ne pose aucune question lorsqu'il me raconte, alors que nous cherchons un taxi pour rentrer, que six mois plus tôt, il était en tôle.
Oui, j'ai beaucoup clopiné, dans ma vie. 

mercredi 19 septembre 2012

20 septembre - Ile de Nantes, Acte II

Sous les feux de la rampe, la nouvelle phase de l'Ile de Nantes se présente à la presse, et puis au public. Après les dix premières années de transformation, ce territoire plein de promesses, face au centre historique, se prépare pour la grande mutation urbaine que les villes européennes ont à affronter : faire mieux avec moins, imaginer des lieux de rencontre pour des usages considérés encore comme "alternatifs" mais qui seront bientôt reconnus comme majoritaires, offrir des espaces aux activités créatives pour leur permettre de participer au renouveau économique.
Sacrés défis, tout ça? Oui. Et en vérité fort peu de villes se donnent réellement les moyens de les relever. Au mieux, on bricole, en essayant de faire de la place au neuf mais en continuant à ménager les barons pressés de reproduire ce qu'ils savent faire. L'Ile de Nantes peut offrir un des rares espaces, en France, où les futurs ont une chance de s'incarner - elle a pour cela assez de lieux disponibles, bien situés, reconnus par les acteurs qui peuvent porter la mutation. Des acteurs sans doute plus nombreux à Nantes que dans d'autres cités françaises.
Le projet de Marcel Smets et Anne Mie Depuydt, urbanistes de la nouvelle phase, a la pertinence et la fluidité nécessaires pour donner un cadre à tout ça. Ensuite, c'est un boulot terrible, de tous les instants. Il y faut le courage, la détermination, l'imagination. Pas gagné.

samedi 25 août 2012

26 août - Navette

Voilà que se met en route le nouveau régime - est-ce que ça va me faire maigrir? Pas sûr. Non, c'est l'aller-retour Paris-Nantes. Pour la première fois, je pars un dimanche après-midi - retour mardi matin. Pas du tout le même rythme que l'an passé. Une navette juste pour passer un moment (des moments) avec l'amant. Et bosser dans le TGV tant que se peut. Et ne pas glander à Nantes lundi. 
Nous avons déjà vu dans nos agendas que ça va pas être si simple à organiser, tout ça, même si deux heures et des poussières seulement nous séparent. Deux vies, deux maisons. "Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd la raison" disait la comédie-proverbe de Rohmer "Les Nuits de la Pleine Lune". Bien sûr, j'ai beau dire à qui veut l'entendre que c'est pas un problème, j'ai peur de perdre la tête (est-ce que, au fond, je n'aurais pas toujours plus ou moins cette peur-là? Il parait que c'est celle de l'agoraphobie).
Navette: le mot fait quand même rêver. Celle qui tisse - terrible si je l'associe au fil des Parques, les trois sœurs maîtresses des destinées humaines; merveilleuse si je la lance sur le métier, aérodynamique. Et marrante si je la croque, parfumée à l'anis (comme les sucettes d'Annie).
Ce serait bien, une navette volante. 

samedi 18 août 2012

19 août - la fin d'Estuaire

La troisième biennale prend fin - Estuaire en 2007 et 2009, Voyage à Nantes en 2012 (déjà, on voit bien qu'ils ne savent pas compter une série, le B. A. Ba des jeux d'intelligence, et en plus ils changent de nom au milieu du gué). Retour à Nantes pour cette dernière journée, flâner sur l'Ile, revoir la Lady entourée de ses tableaux du musée des Beaux-Arts. Ou faire un tour au Lieu Unique pour l'expo marrante. Ou écouter un concert de techno en regardant passer l'éléphant et les touristes. Ou bien carrément pique-niquer au bord de l'Erdre, une sorte de déloyauté, mais il fait tellement chaud!
Fin d'un été. A partir de lundi, chaque jour qui passe ramène de nouveaux citadins au bercail. Pour moi aussi, le dernier week-end de vacances (peut-être pas!). 
Fin d'une époque, et là je ne sais pas comment mon histoire nantaise tourne. Amour toujours. Des livres encore. Déménager ici?

mercredi 15 août 2012

16 août - l'habitrude

Passage à Nantes. Cela fait longtemps que nous n'avons pas joui de ce studio, calme cabane de nos amours illicites. Où déjà nous avons de l'histoire, des souvenirs dans les coins, des moments doux et d'autres tendus, un peu d'habitrude (formule appréciée de mon frangin, qui me fait encore rire).
Retour aussi au livre nantais - Malakoff en souffrance dans les plis de mes ordinateurs depuis des mois. Ça fait bizarre de le retrouver, avec un regard plus frais j'espère. Et la chance de pouvoir en parler avec mon homme : comment restructurer le tout, je n'étais pas contente du résultat quand j'ai mis l'ouvrage en suspend. Trouver une nouvelle organisation, tailler dans la masse déjà écrite, c'est le programme du jour.
Et puis le truc pas drôle : remplacer mon téléphone volé à Barbès. Sans mon tit' e-phone je suis tout' perdue...

mardi 3 juillet 2012

4 juillet - Le sud au nord

Faire visiter l'Ile à Ulla et Hans, amis de Copenhague, se balader à vélo jusqu'au Hangar à Bananes, découvrir les quais, les jardins des Fonderies, les Nefs... Boire une bière sous la halle Alstom qui sera démolie dans quelques mois, monter sur le toit de l'école d'archi (s'il ne pleut pas à verse), zigzaguer entre les installations d'Estuaire, raconter l'histoire du bâtiment de Coupechoux et celle du Nantilus... J'aime me sentir là, dans la transmission de toutes ces histoires que je connais et qui, bout à bout, font l'Ile, en tout cas la mienne. Et j'aime que eux aussi aiment ça, tout excités de découvrir une ville inconnue, eux qui en ont tant visitées, et qui savent les lire autant que les fabriquer. 
Ulla et Hans sont parmi les personnes les plus chaleureuses que j'ai rencontrées, douées d'une incroyable générosité, d'une vitalité magnifique. Ils prouvent qu'il y a un sud et un nord partout : Danois, ils sont du sud (en Scandinavie), plus proches dans leurs attitudes d'un Napolitain que d'un Gênois. Et lorsqu'un Lillois leur rend visite, ils ont affaire à un homme du nord, un peu réservé...

samedi 16 juin 2012

17 juin - Le jour dit

Le 15e jour du 6e mois, c'était une date, fixée par l'amant (jour de l'examen final de son fils, qu'il ne voulait pas émotionner avant son diplôme). La vie en a décidé autrement: le 15 est passé, puisque nous le passions ensemble - sans que je nous sente tout à fait ensemble. Et nous parlions du temps qui passe, j'aurais voulu dire l'amour, et le faire, il aurait sans doute fallu parler de la peur (ou peut-être pas?), cette peur dans laquelle nous étions tous les deux mais chacun de notre côté... Comment partager la peur? Sans doute impossible, puisque la peur est le contraire de l'amour. Comparer nos deux réponses devant l'angoisse: je ne sais pas m'en sortir autrement qu'en parlant; lui cherche à vivre bien le moment malgré tout. Nous avons fait ce que nous avons pu.
Le jour "dit" est devenu dimanche ("de pelle à gâteau", salut Bobby Lapointe). Fête des pères. Élections.
Pour passer le temps, il y a le boulot (facile, j'ai tellement à faire...). Ou se promener en ville et jouir de l'art dispersé aux quatre vents par le Voyage à Nantes. Mais merdre, je ne m'y habitue pas à ce changement d'appellation : la biennale Estuaire, comme je l'ai aimée en 2007 et 2009, ça soulevait plus d'enthousiasme. Ça reliait Nantes à Saint-Nazaire par la force et la beauté de la Loire - l'ai-je assez écrit, en y croyant, que la Biennale était un "accélérateur de métropole", que l'art y jouait à la fois un rôle de lien social et de stimulateur économique? Mais voilà, maintenant Nantes la joue perso, Estuaire n'est plus qu'une excroissance de Voyage à Nantes, pas facile à comprendre : comment le grand territoire de la métropole qui se déploie autour de la Loire va-t-il entrer dans la petite bouteille nantaise? A long terme, les œuvres pérennes continueront à vivre le long du fleuve, le Pendule de Roman Signer à Rezé, le sublime belvédère de Kawamata à Lavau, le mythologique serpent chinois de Huong Yong Ping émergeant à l'estran de Saint-Brévin, les Triangles de Varini à Saint-Nazaire...
Heureusement, ce dimanche il y a le "goûter électronique" organisé au Parc des Chantiers. Un peu d'électro, quand la tête disjoncte, c'est la bonne idée.

jeudi 14 juin 2012

15 juin - la ville renversée

Tout partout. Sur la base d'un slogan alléchant - "la ville renversée par l'art" - Nantes s'est mise en quarante  pour donner libre cours à un programme échevelé. Au pas de course, le groupe de journalistes navigue d'une œuvre à l'autre, de Chapelle de l'Oratoire en passage Pommeraye, de Château des Ducs de Bretagne en École d'architecture... 
Deux moments space, en escalade: Le Nid de Jean Jullien en haut de la Tour de Bretagne - voir le monde de haut, rêver du Nuage de l'Expo Suisse en 2002 sur le lac d'Yverdon. Et le Mont Royal(e) de Block Architectes, ascension et  spéléo sur la fontaine de la place Royale - ici, le souvenir revient à la première édition d'Estuaire, plateau pour chambre d'hôtel montée autour des statues de la fontaine, promesse de soirée homérique et sexuelle (pur fantasme en ce qui m'a concerné, hélas). 
©  Block architectes - VAN

Mon défi : transiter du parcours journalistes au parcours "officiel", dans lequel je retrouve mon homme. Et rire avec lui.

mercredi 13 juin 2012

14 juin - estuarien, estuarienne

Comme un long long frémissement. Toute cette eau grise-verte ("étaient-ils verts, étaient-ils gris ou changeaient-ils tout le temps de couleur" chante Jeanne Moreau, mémoire qui flanche), tout ce ciel gris-bleu.
C'est un bonheur particulier de monter sur un bateau, sentiment de métal plus fort que l'eau. L'air est plus vif, la sensation du monde plus aiguë. Il y a du vent, du bruit, du mouvement.
La croisière sur l'estuaire est un moment clé de la biennale entre Nantes et Saint-Nazaire, de l'art contemporain sur les quais, les berges, dans la boue, le fleuve, l'océan. Il y en a aussi en ville mais c'est pour demain. Aujourd'hui se laisser emporter.
Ici le mystère des lieux entre-deux. Eau saumâtre, marées profondes (surtout à Nantes qui, pour perpétuer l'illusion de son port, a lutté contre l'ensablement en creusant, creusant, au point de traumatiser sa Loire), mer et fleuve, ville et sauvage, roselières et prairies, friches industrielles spectaculaires et centrale électrique monument, une écluse qui ne sert à rien (comme le canal qu'elle garde), un port qui essaie de se développer et au bout les chantiers navals, la base sous-marine, Saint-Nazaire ma ville port, que j'aime comme si elle me racontait un peu La Corogne de mon enfance arrachée.
©Patrick Jean - au Muséum d'histoire naturelle
Et puis tout cela n'est rien, face à l'essentiel, l'horizontal. Une règle posée entre ciel et terre. La loi de lâcher prise.

mardi 12 juin 2012

13 juin - partir pour Nantes

La complexité de la vie me fait quitter Paris pour plus d'une semaine. Embouteillage des agendas entre Nantes et Saint-Étienne, mais aussi passer du temps avec l'amant. Être là le week-end, disponible pour lui.
Ce voyage-là, ce séjour-là ne sont pas comme les autres: nous avons rendez-vous avec notre histoire. Rien que d'écrire ça a de quoi foutre les jetons! Alors rembobiner: juste reconnaître que nous marchons sur des œufs. Avoir confiance dans ma capacité à aimer, écouter la générosité plutôt que la peur - ce que je n'ai pas trop su faire ces derniers temps.
Voilà, nous y voilà.

mercredi 23 mai 2012

24 mai - Péage sauvage

Un péage, taille presque normale, mais en bois et transformé en belvédère : on est prié d'escalader pour observer, droit devant, la vie boisée de la Petite Amazonie, drôle d'enclave de nature dans Nantes. On est prié aussi de s'installer comme on veut sur le plateau disposé à l'entrée de ce  "Péage sauvage". 
©Observatorium
L'œuvre a été conçue et réalisée par le collectif Observatorium. Un groupe venu de Rotterdam, mêlant art, architecture, design. Repéré à l'occasion de l'expo Ruhr 2010 avec leur "En attendant la rivière", un pont en bois de récupération des ports rhénans, sculpture jetée sur l'Emsher, une rivière encore très polluée.
"Péage sauvage" n'est pas une installation ordinaire : elle demande à être appropriée, transformée - les artistes resteront sur place jusqu'à la fin de l'été pour voir comment ça tourne et quelles modifications apporter. Ensuite, elle vivra sa vie.
Mon amoureux critique l'objet - à force de voir partout ces structures en bois, il trouve difficile de s'en émouvoir. Mais quand même, j'aime le projet, parce qu'il fabrique un vrai espace public et qu'il joue à fond une dimension collective de l'art qui, je l'espère, va prendre toute sa dimension quand elle sera généreusement customisée.
L'idée ici est un pur "in situ" : cette poche de verdure non domestiquée, à quelques pas du centre historique de Nantes et en bordure du grand ensemble de Malakoff, est le fruit d'un hasard historique: protégé par les talus de voies ferrées, bombardé pendant la guerre par les Alliés qui voulaient détruire la gare et les ponts tous proches (ce qui a créé des trous d'eau favorable au développement d'une zone humide), ce territoire de 15 ha a été préservé de l'urbanisation par un projet de pénétrante autoroutière - abandonné à la fin des années 1980 - et finalement classé en zone Natura 2000. La seule atteinte qu'il supporte aujourd'hui à sa transformation en nature réellement sauvage, c'est la présence de petites vaches, qui empêchent la forêt de gagner tout l'espace.
Observatorium s'est inspiré de toute cette histoire pour imaginer son "Péage sauvage", une commande de la Biennale Estuaire. La manifestation Estuaire n'ouvrira pleinement qu'à la mi-juin mais elle démarre ici un mois avant, pleine de bonnes intentions vis-à-vis du quartier social voisin : des médiateurs sont à pied d’œuvre pour intéresser les écoles, les parents, les jeunes. Et pour accueillir les visiteurs, à commencer par les Nantais, pour qui Malakoff reste un quartier de mauvaise réputation.
Aventure à suivre sur le site : http://observatoriumrotterdam.blogspot.fr/

lundi 14 mai 2012

15 mai - Investis

Moment de communion "républicaine" (le grand mot ces jours-ci): le président élu devient le président tout court et le sortant devient l'ancien. La solennité, ça m'a toujours pesé (ou fait rigoler), cette fois ne déroge pas à la règle, même si elle éveille les souvenirs de circonstances comparables, en 1981 - en parler au téléphone avec Mathilde, dimanche, c'était émouvant, j'étais enceinte à la Bastille, elle a trente ans maintenant et vit au bout du monde. 
Avec Hollande, c'est moins compassé (pas de roses rouges tendues par des ombres cachées dans les recoins du Panthéon) mais pourquoi diable avait-il besoin d'aller secouer les mannes de Jules Ferry, colonisateur au racisme peu fréquentable ? Comme si la "jeunesse" et les "enjeux de formation" avaient besoin d'un tel ancêtre! Les cendres de Marie Curie valent bien mieux à mes yeux (une femme, une immigrée, une créatrice) mais là aussi : la légitimité d'aujourd'hui est-elle si fragile qu'elle impose de s'inscrire dans d'aussi poussiéreuses lignées? En France, on a tendance à considérer que le symbolique se rattache nécessairement à des figures du passé. 
L'avantage de ce choix, c'est de rappeler que les "héros" politiques sont sujets à débat - puisqu'ils disent et font aussi des conneries. Ça relativise.
Autre choix du jour : le président présente son Premier ministre. Je vois bien Jean-Marc Ayrault, germaniste et pondéré, tenter un rapprochement franco-allemand. Du côté des Nantais, branle-bas de combat - les rangs risquent de se dégarnir dans les services de la métropole, y compris chez mes interlocuteurs habituels qui (on les comprend) vont avoir envie de monter à la capitale. 

mercredi 4 avril 2012

5 avril - Libre circulation

L'université de Nantes fête ses 50 ans. Sur le campus, à la tombée de la nuit, la Cérémonie commence, à l'invitation de 7 artistes regroupés dans le collectif On Time : Marie Bouts, Julien Celdran, Lou Galopa, Séverine Hubard, Ramona Poenaru, Alice Retorré, Till Roeskens (réunis par Marina Pirot, animatrice de l'association Interim) ont travaillé en résidence sur l'université depuis janvier. Leur projet, "Libre circulation", a joué l'ébullition de tous ceux qui le désiraient. 
Ce soir, ils invitent à découvrir une "Question brûlante", le "Chronogramme", la série photographique "Universitarium", la "Voûte septine" et la sculpture comestible, des dithyrambes et des diatribes... Ils racontent l'épopée du témoin qui a traversé le maximum de sites universitaires nantais depuis le début de l'année. Et final musique avec le DJ set The Brain. 
la Voûte septine
le Chronogramme, 13 mars
crédits : Interim
le blog du projet libre circulation  http://interim-artistes.jimdo.com/
J'aime la définition qui s'y promène du mot "circulation" (issue du Dictionnaire historique de la langue française): emprunté au latin "former groupe", "faire le colporteur, le charlatan" - le sens initial ("décrire un mouvement circulaire, faire le tour de quelque chose") a inspiré :
- passer dans un circuit (comme le sang)
- passer de main en main (capitaux, marchandises...)
- se répandre, se propager (idées, nouvelles)
- aller d'un lieu à l'autre, se déplacer (êtres vivants).
Ajoutons quelques autres idées suggérées par le mot (surtout "libre"): révolution, aération, transmission...  En somme, une œuvre d'utilité publique, largement.


mercredi 28 mars 2012

29 mars - sur la tour Bleue

Ballade dans le quartier Malakoff en compagnie de Patrick Rimbert, élu nantais qui porte le projet de rénovation depuis l'origine. En commençant par l'escalade de la "tour Bleue", la plus haute et la plus emblématique du quartier, la plus dégradée aussi - elle a souffert à la fois de sa proximité avec le centre commercial et de défauts de construction, qui ont mangé le béton de ses balcons et son revêtement en pâte de verre. Mais elle a été un repère, surtout par sa couleur. 
Raisonnable ou pas, la réhabilitation lui fait perdre le bleu. L'architecte (Philippe Barré) avait proposé un revêtement métallique bleu pâle - qui aurait attrapé avec légèreté toutes les belles lumières de l'estuaire. Mais certains ont craint la stigmatisation. Alors la tour bleue sera "aubergine" - autant dire noire, la dernière couleur à la mode en architecture. Trois autres tours de Malakoff sont réhabilitées en même temps - celles-là capotées d'acier "non-couleur".
De là-haut (18 étages + le socle + la terrasse), vue splendide - sur la ville, l'estuaire, la Loire... Et bien sûr tout le GPV, ses tours et ses bananes (petit nom affectueux des habitants pour leurs barres, que les techniciens appellent "linéaires"), les nouveaux immeubles d'Euronantes, les chantiers... Moment d'enthousiasme.

vendredi 23 mars 2012

24 mars - Mémorial, Mémoriaux

Inauguration du Mémorial de l'abolition de l'esclavage. Un enjeu symbolique fort pour Nantes, capitale française du commerce triangulaire jusqu'au début du 19e siècle. Une belle œuvre d'art (signée de Krzysztof Wodiczko et Julian Bonder, tous deux Américains) et un projet urbain complet - avec son espace public et son jardin le long des berges, la reconquête de la Loire commence le long du quai de la Fosse (le quai des armateurs). Première pièce (je l'espère) d'un parcours qui pourrait devenir superbe, jusqu'à la gare et le quartier de Malakoff (séquence urbaine aujourd'hui totalement indigente, alors qu'en face, sur l'Ile, les berges viennent d'être transformées).
Impressionnant travail de béton, le Mémorial a creusé son espace sous le quai. L'eau y pénètre, on marche sur un caillebotis, le long de la Loire visible par des meurtrières - parcours émouvant par son humidité, sa rudesse; magnifique à marée haute, lorsque le soleil se reflète sur le béton. Moment clé : une fenêtre a été percée en direction du Palais de Justice et de la passerelle Schoelcher, double écho à la Loi et à la lutte contre l'esclavage.
Œuvre d'artistes, le site ne donne que peu d'explications, il fonctionne sur l'expérience spatiale et l'émotion. Des grandes lames de verre, éclairées de l'intérieur, citent des textes de lois, des poètes, des témoins (difficiles à fabriquer, ces plaques de verre ont retardé l'ouverture, prévue initialement en décembre). Sur les berges, un jardin a été créé, promenade semée de 2000 petits carreaux de verre - 1710 nomment les navires et les dates des expéditions négrières nantaises; 290 égrainent les comptoirs négriers, les ports d’escale et de vente en Afrique, aux Antilles, aux Amériques et dans l'Océan Indien (témoignage d'un trafic intense et mondial).
Étrange rencontre des dates : je raconte ce Mémorial alors que je suis encore en Israël, où la mémoire de la Shoah, vive, reste une référence majeure.
Exemple : la cafétéria  du musée de Tel Aviv - en sous-sol, projection d'une vidéo grise sur le mur de béton brut. 
©F2G