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samedi 18 août 2012

19 août - la fin d'Estuaire

La troisième biennale prend fin - Estuaire en 2007 et 2009, Voyage à Nantes en 2012 (déjà, on voit bien qu'ils ne savent pas compter une série, le B. A. Ba des jeux d'intelligence, et en plus ils changent de nom au milieu du gué). Retour à Nantes pour cette dernière journée, flâner sur l'Ile, revoir la Lady entourée de ses tableaux du musée des Beaux-Arts. Ou faire un tour au Lieu Unique pour l'expo marrante. Ou écouter un concert de techno en regardant passer l'éléphant et les touristes. Ou bien carrément pique-niquer au bord de l'Erdre, une sorte de déloyauté, mais il fait tellement chaud!
Fin d'un été. A partir de lundi, chaque jour qui passe ramène de nouveaux citadins au bercail. Pour moi aussi, le dernier week-end de vacances (peut-être pas!). 
Fin d'une époque, et là je ne sais pas comment mon histoire nantaise tourne. Amour toujours. Des livres encore. Déménager ici?

samedi 16 juin 2012

17 juin - Le jour dit

Le 15e jour du 6e mois, c'était une date, fixée par l'amant (jour de l'examen final de son fils, qu'il ne voulait pas émotionner avant son diplôme). La vie en a décidé autrement: le 15 est passé, puisque nous le passions ensemble - sans que je nous sente tout à fait ensemble. Et nous parlions du temps qui passe, j'aurais voulu dire l'amour, et le faire, il aurait sans doute fallu parler de la peur (ou peut-être pas?), cette peur dans laquelle nous étions tous les deux mais chacun de notre côté... Comment partager la peur? Sans doute impossible, puisque la peur est le contraire de l'amour. Comparer nos deux réponses devant l'angoisse: je ne sais pas m'en sortir autrement qu'en parlant; lui cherche à vivre bien le moment malgré tout. Nous avons fait ce que nous avons pu.
Le jour "dit" est devenu dimanche ("de pelle à gâteau", salut Bobby Lapointe). Fête des pères. Élections.
Pour passer le temps, il y a le boulot (facile, j'ai tellement à faire...). Ou se promener en ville et jouir de l'art dispersé aux quatre vents par le Voyage à Nantes. Mais merdre, je ne m'y habitue pas à ce changement d'appellation : la biennale Estuaire, comme je l'ai aimée en 2007 et 2009, ça soulevait plus d'enthousiasme. Ça reliait Nantes à Saint-Nazaire par la force et la beauté de la Loire - l'ai-je assez écrit, en y croyant, que la Biennale était un "accélérateur de métropole", que l'art y jouait à la fois un rôle de lien social et de stimulateur économique? Mais voilà, maintenant Nantes la joue perso, Estuaire n'est plus qu'une excroissance de Voyage à Nantes, pas facile à comprendre : comment le grand territoire de la métropole qui se déploie autour de la Loire va-t-il entrer dans la petite bouteille nantaise? A long terme, les œuvres pérennes continueront à vivre le long du fleuve, le Pendule de Roman Signer à Rezé, le sublime belvédère de Kawamata à Lavau, le mythologique serpent chinois de Huong Yong Ping émergeant à l'estran de Saint-Brévin, les Triangles de Varini à Saint-Nazaire...
Heureusement, ce dimanche il y a le "goûter électronique" organisé au Parc des Chantiers. Un peu d'électro, quand la tête disjoncte, c'est la bonne idée.

jeudi 14 juin 2012

15 juin - la ville renversée

Tout partout. Sur la base d'un slogan alléchant - "la ville renversée par l'art" - Nantes s'est mise en quarante  pour donner libre cours à un programme échevelé. Au pas de course, le groupe de journalistes navigue d'une œuvre à l'autre, de Chapelle de l'Oratoire en passage Pommeraye, de Château des Ducs de Bretagne en École d'architecture... 
Deux moments space, en escalade: Le Nid de Jean Jullien en haut de la Tour de Bretagne - voir le monde de haut, rêver du Nuage de l'Expo Suisse en 2002 sur le lac d'Yverdon. Et le Mont Royal(e) de Block Architectes, ascension et  spéléo sur la fontaine de la place Royale - ici, le souvenir revient à la première édition d'Estuaire, plateau pour chambre d'hôtel montée autour des statues de la fontaine, promesse de soirée homérique et sexuelle (pur fantasme en ce qui m'a concerné, hélas). 
©  Block architectes - VAN

Mon défi : transiter du parcours journalistes au parcours "officiel", dans lequel je retrouve mon homme. Et rire avec lui.

mercredi 13 juin 2012

14 juin - estuarien, estuarienne

Comme un long long frémissement. Toute cette eau grise-verte ("étaient-ils verts, étaient-ils gris ou changeaient-ils tout le temps de couleur" chante Jeanne Moreau, mémoire qui flanche), tout ce ciel gris-bleu.
C'est un bonheur particulier de monter sur un bateau, sentiment de métal plus fort que l'eau. L'air est plus vif, la sensation du monde plus aiguë. Il y a du vent, du bruit, du mouvement.
La croisière sur l'estuaire est un moment clé de la biennale entre Nantes et Saint-Nazaire, de l'art contemporain sur les quais, les berges, dans la boue, le fleuve, l'océan. Il y en a aussi en ville mais c'est pour demain. Aujourd'hui se laisser emporter.
Ici le mystère des lieux entre-deux. Eau saumâtre, marées profondes (surtout à Nantes qui, pour perpétuer l'illusion de son port, a lutté contre l'ensablement en creusant, creusant, au point de traumatiser sa Loire), mer et fleuve, ville et sauvage, roselières et prairies, friches industrielles spectaculaires et centrale électrique monument, une écluse qui ne sert à rien (comme le canal qu'elle garde), un port qui essaie de se développer et au bout les chantiers navals, la base sous-marine, Saint-Nazaire ma ville port, que j'aime comme si elle me racontait un peu La Corogne de mon enfance arrachée.
©Patrick Jean - au Muséum d'histoire naturelle
Et puis tout cela n'est rien, face à l'essentiel, l'horizontal. Une règle posée entre ciel et terre. La loi de lâcher prise.

mercredi 23 mai 2012

24 mai - Péage sauvage

Un péage, taille presque normale, mais en bois et transformé en belvédère : on est prié d'escalader pour observer, droit devant, la vie boisée de la Petite Amazonie, drôle d'enclave de nature dans Nantes. On est prié aussi de s'installer comme on veut sur le plateau disposé à l'entrée de ce  "Péage sauvage". 
©Observatorium
L'œuvre a été conçue et réalisée par le collectif Observatorium. Un groupe venu de Rotterdam, mêlant art, architecture, design. Repéré à l'occasion de l'expo Ruhr 2010 avec leur "En attendant la rivière", un pont en bois de récupération des ports rhénans, sculpture jetée sur l'Emsher, une rivière encore très polluée.
"Péage sauvage" n'est pas une installation ordinaire : elle demande à être appropriée, transformée - les artistes resteront sur place jusqu'à la fin de l'été pour voir comment ça tourne et quelles modifications apporter. Ensuite, elle vivra sa vie.
Mon amoureux critique l'objet - à force de voir partout ces structures en bois, il trouve difficile de s'en émouvoir. Mais quand même, j'aime le projet, parce qu'il fabrique un vrai espace public et qu'il joue à fond une dimension collective de l'art qui, je l'espère, va prendre toute sa dimension quand elle sera généreusement customisée.
L'idée ici est un pur "in situ" : cette poche de verdure non domestiquée, à quelques pas du centre historique de Nantes et en bordure du grand ensemble de Malakoff, est le fruit d'un hasard historique: protégé par les talus de voies ferrées, bombardé pendant la guerre par les Alliés qui voulaient détruire la gare et les ponts tous proches (ce qui a créé des trous d'eau favorable au développement d'une zone humide), ce territoire de 15 ha a été préservé de l'urbanisation par un projet de pénétrante autoroutière - abandonné à la fin des années 1980 - et finalement classé en zone Natura 2000. La seule atteinte qu'il supporte aujourd'hui à sa transformation en nature réellement sauvage, c'est la présence de petites vaches, qui empêchent la forêt de gagner tout l'espace.
Observatorium s'est inspiré de toute cette histoire pour imaginer son "Péage sauvage", une commande de la Biennale Estuaire. La manifestation Estuaire n'ouvrira pleinement qu'à la mi-juin mais elle démarre ici un mois avant, pleine de bonnes intentions vis-à-vis du quartier social voisin : des médiateurs sont à pied d’œuvre pour intéresser les écoles, les parents, les jeunes. Et pour accueillir les visiteurs, à commencer par les Nantais, pour qui Malakoff reste un quartier de mauvaise réputation.
Aventure à suivre sur le site : http://observatoriumrotterdam.blogspot.fr/