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vendredi 15 juin 2012

16 juin - Le jour d'avant

Avant le dernier tour du troisième tour - la France va sortir de son remue-ménage, les jours recommencer à se suivre, le gouvernement montrer ce qu'il sait/peut/veut faire hors de la menace électorale (mais que "veut"-il?). Avant les élections en Grèce, le pays susceptible de déclencher les orages eu Europe. Avant la palinodie électorale en Égypte, où les militaires ont repris toute la main, où les espoirs de démocratie survivants s'ensablent...
Avant le tournant que j'attends, avant de retrouver mon homme. Je l'imagine malheureux, angoissé, culpabilisé, mais soulagé quand même. Je m'imagine l'accueillant, l'aimant, le rassurant... C'est mon défi: apprendre à être rassurante, moi qui ne l'ai jamais vraiment été, pour personne, et c'est un défaut stupide.
Penser à Henri Michaud :" Tu donnes ce que tu as. Et aussi ce que tu n'as pas - ce que tu crois que tu n'as pas".  

lundi 11 juin 2012

12 juin - Dérives

L'entre-deux tours met la barre très haut question dérives gratinées : bravo le coup des "valeurs" (bon sang, dans quel pays je vis? Un pays de patriotes xénophobes et de racistes, de terrorisés revanchards?). De quoi se détourner de la politique ou se mettre en pétard. Mais je parie quand même pour le meilleur : ces outrances vont faire réagir les autres Français pour un petit coup de fouet anti abstention. Parce qu'on peut aussi calculer comme Contrepoints les taux de "désaveu démocratique": en tenant compte des non votants, 82,2% des électeurs n’ont pas choisi le PS ni ses affiliés ou 92.9% des électeurs n’ont pas choisi le FN (http://www.contrepoints.org/?p=86638). L'idée me rappelle José Saramago racontant dans La Lucidité (un de ses derniers romans) une épidémie de votes blancs. 
Les écarts, je les vis aussi à l'intérieur de moi. D'un autre genre, plutôt dérive des continents, avec glissements des sentiments, détours et évitements, courts-circuits... J'en vois de toutes les couleurs, entre espérance et désir (j'aime cet homme et je l'attends), tentation de me recroqueviller (ou disparaître?), colère ("les attentes sont du ressentiment anticipé", disait un slogan de Laurent), crainte du pire (c'est quoi le pire?)... 
Je peux aussi parier pour le meilleur (c'est quoi le meilleur?).

samedi 9 juin 2012

10 juin - contre

Où est passé l'enthousiasme? Au-delà du devoir, c'est un plaisir chaque fois d'aller voter, ramasser quelques bulletins, sortir ma carte d'électeur, émarger, regarder la petite enveloppe bleue tomber dans l'urne transparente. Toujours une bouffée joyeuse au moment où. Les fois d'avant me reviennent en mémoire, quand j'y allais avec Mathilde et elle aimait ça aussi, le jour où j'ai voté nul parce qu'il n'y avait pas de concurrent face au dernier candidat en lice (c'était le 16e arrondissement, j'avoue), les soirs de résultats où on téléphonait les scores à l'Ifop (avec Hervé, étudiants au CFJ, pour se faire quelques sous)...  
Mais le souvenir suffit pas. Bon sang, j'aimerais aussi ressentir un peu de désir. Mon dernier souffle véhément, c'était le référendum pour l'Europe, sans doute parce qu'il y avait une lutte, contre la pression des anti qui gonflait, les arguments échangés avec trop de vigueur. Depuis, il y a eu l'épisode Ségolène - je me forçais à écouter. Avec Hollande, pas d'allergie et pas de conviction. Entre les deux, je me souviens même plus. 
Bien sûr, je vote comme il faut - surtout "contre" les autres. Comment les supporter, ces zozos, ces Copé, Bertrand, Besson (mes favoris, tous encore jeunes, on va se les farcir un moment)? Même Juppé, le bon maire mais toujours pétant de mauvaise foi. Même Fillon, que sa guerre interne ne suffit pas à rendre sympathique. 
Tout ce joli monde a l’œil vissé sur le petit bout de la lorgnette. Les sortants ont eu le temps de faire la preuve de leur manque de vision : ça laisse encore une marge de progrès aux entrants. 
Ah, ça suffit de faire Schtroumpf grognon!!! Comme le notifie mon amant, faut songer à arrêter de râler...

lundi 14 mai 2012

15 mai - Investis

Moment de communion "républicaine" (le grand mot ces jours-ci): le président élu devient le président tout court et le sortant devient l'ancien. La solennité, ça m'a toujours pesé (ou fait rigoler), cette fois ne déroge pas à la règle, même si elle éveille les souvenirs de circonstances comparables, en 1981 - en parler au téléphone avec Mathilde, dimanche, c'était émouvant, j'étais enceinte à la Bastille, elle a trente ans maintenant et vit au bout du monde. 
Avec Hollande, c'est moins compassé (pas de roses rouges tendues par des ombres cachées dans les recoins du Panthéon) mais pourquoi diable avait-il besoin d'aller secouer les mannes de Jules Ferry, colonisateur au racisme peu fréquentable ? Comme si la "jeunesse" et les "enjeux de formation" avaient besoin d'un tel ancêtre! Les cendres de Marie Curie valent bien mieux à mes yeux (une femme, une immigrée, une créatrice) mais là aussi : la légitimité d'aujourd'hui est-elle si fragile qu'elle impose de s'inscrire dans d'aussi poussiéreuses lignées? En France, on a tendance à considérer que le symbolique se rattache nécessairement à des figures du passé. 
L'avantage de ce choix, c'est de rappeler que les "héros" politiques sont sujets à débat - puisqu'ils disent et font aussi des conneries. Ça relativise.
Autre choix du jour : le président présente son Premier ministre. Je vois bien Jean-Marc Ayrault, germaniste et pondéré, tenter un rapprochement franco-allemand. Du côté des Nantais, branle-bas de combat - les rangs risquent de se dégarnir dans les services de la métropole, y compris chez mes interlocuteurs habituels qui (on les comprend) vont avoir envie de monter à la capitale. 

samedi 5 mai 2012

06 mai - Bricoler?

And the winner is... Personne ne gagne vraiment, en Grèce. Ni la droite qui veut renégocier les conditions du mémorandum européen, ni les socialistes qui veulent seulement limiter les dégâts. Tout le monde est contre l'austérité mais personne n'a les moyens de l'empêcher. Là, quelque soient les gagnants, les perdants restent les mêmes : difficile d'imaginer comment ce pays va se sortir du trou. Aucune réforme de fond n'a l'air possible pour l'instant, aucune croissance non plus. 
En France aussi, on vote ce dimanche. J'ai du mal à être contente, du mal à croire que ce nouveau président qui ouvre les portes aux socialistes va changer les choses. Un joli débat entre Hollande et Edgar Morin dans Le Monde montre bien que le nouveau François (même s'il est intelligent)  n'a pas de vraies perspectives à long terme, qu'il n'a pas compris la crise comme un défi de civilisation, qu'il a encore l'espoir de bricoler avec le monde tel qu'il est... C'est peut-être une question de tempérament, mais il me semble qu'on a assez bricolé comme ça! 

mardi 1 mai 2012

2 mai - Celui qui parle doucement, ment

THE débat, c'est ce soir. Difficile de résister à la pression, à la curiosité. Et pourtant, trop de stress en perspective. J'espère assister au pugilat en compagnie fraternelle, par exemple avec Gaby ma voisine - mais si elle partage ce moment ailleurs?
Le sortant s'imagine qu'il va piler l'adversaire (une de ses plus grosses erreurs, depuis le début, a été de le sous-estimer). Pour l'écouter, penser à Jacques Weber sur A2, le soir du 1er tour, qui rappelait comment décrypter le discours schizo de Sarko: quand il parle doucement, il ment. Le challenger, lui, peut dégainer son joli sourire, faire preuve d'humour et de confiance en soi - ce qui suffit à lui faire emporter la mise. Pour ça, il n'a qu'à tomber le pardessus "Mitterrand" qu'il s'est collé sur les épaules depuis quelques mois (il était plus sympa en scooter).
Même si je n'ai guère d'enthousiasme pour mon candidat, j'ai quand même les jetons qu'il perde. Même si je peste contre cette campagne enlisée dans le franco-français (il y en a même qui bombardent l'idée de "frontières" au premier rang de leurs préoccupations! Par les temps de crise qui courent!). Même si je rêve d'une présidence qui cesserait de s'engoncer dans les ors de la monarchie, d'une république capable de débats nettoyés des mauvaises fois (au moins un peu), d'une politique qui prendrait le risque d'une ouverture sur l'avenir... 

dimanche 29 avril 2012

30 avril - Néorural

La campagne électorale peut commencer à tourner autour d'autre chose que du score de Le Pen (Vous avez remarqué, elle tente un nouveau concept, les "marinistes"? Pour faire oublier son papa? Pour lancer le 2e étage de sa fusée perso?) : après avoir parlé de "souffrance" et de "colère" (c'est déjà moins misérabiliste), qui va dire les choses avec sincérité?  
A lire Pierre Veltz (La Grande transition, Seuil, 2008) et Laurent Davezies (La République et ses territoires, Seuil, 2008), les mystères du vote Le Pen et de leur géographie néorurale s'éclaircissent. Ces deux économistes décrivent le fossé entre la France orientée futur (celle des métiers branchés sur l'innovation, celle des grandes villes) et la France coupée des mutations technologiques - celle de petites villes qui, jusqu'à ces dernières années, étaient restées relativement à l'abri du monde et de ses tumultes. Mais la dernière crise a fait voler en éclat des protections qui, pour l'essentiel, étaient des illusions : comment espérer conserver les qualités du mode de vie urbain en allant vivre "à la campagne", dans des communes qui n'ont pas les moyens financiers de les assurer? La hausse du prix de l'essence devient dramatique lorsqu'on habite loin des centres, l'isolement perd toute séduction lorsqu'il n'est plus amorti par les services publics. 
Ils se sont plantés : les voilà obligés de se supporter, dans des pavillons mal construits et plus coûteux que prévu. Au lieu de reconnaître des erreurs auxquelles ils ne peuvent plus grand chose, ils accusent les "autres" (en particulier les immigrés que, justement, ils ont voulu fuir en quittant les banlieues).
Quelles solutions à cette impasse? Ces malheureux sont-ils perdus pour la République? Comment les faire profiter de la mondialisation, eux ou, au moins, leurs enfants? J'en sais fichtre rien.

mardi 24 avril 2012

25 avril - résistances

Dur dur de se concentrer, le désir de batifoler me tire les pieds (et ça rime!) 
Je connais bien cette résistance - ce "ça" en moi qui ne veut pas. Je me bagarre contre depuis des années. Depuis l'Encyclopédie des Prénoms (à cause de l'effort absurde qu'a demandé ce livre, du sacrifice qu'il a coûté?).  Ça fait 23 ans!
Je n'aime plus écrire (en tout cas pas ces livres qui me nourrissent). Parce que je rêve d'une autre vie? Parce que je rêve d'une autre moi? L'heure tourne, et cette angoisse-là plombe toutes les autres. Parfois il me semble que je ne me sentirais bien pour attaquer la dernière partie de ma vie qu'en renonçant à l'écriture. Mais chaque tentative dans cette direction (menée déjà à plusieurs reprises) m'a plongée dans l'effroi. Alors pourquoi le fil littéraire est-il si ténu? 
En rond, je tourne en rond. 
Arrêter de me disperser. De m'énerver à écouter les débats électoraux - ma colère va-t-elle changer quoique ce soit?

lundi 23 avril 2012

24 avril - guerre des égos

La logorrhée se calme? Pas encore. Il faut bien que les commentateurs commentent. Et ils ont du mal à se renouveler, en boucle sur radios et télés. J'ai les oreilles en chou-fleur et pourtant je ne peux pas m'empêcher d'écouter. C'est vite une addiction, l'actualité politique. 
Et puis il y a tant de sentiments brassés dans cette grande machine, des émotions violentes, qui relancent la guerre des égos. L'espoir d'être conquis, le désir d'être ému par de l'intelligence (et la déception souvent, cruelle), la peur de voir le camp "ennemi" triompher (d'un coup, les oppositions se durcissent), le dégoût d'entendre les "autres" exprimer tranquillement  leurs opinions dégoûtantes et l'énervement à les voir afficher leur dégoût de "nous", l'impuissance à éviter les prises de becs (et à répondre lucidement), la colère face à la mauvaise foi... 
Pour moi, le pire ces derniers jours, c'est l'étalage de patriotisme, un sentiment que je déteste (du même ordre que la bigoterie): effroyable, ça me donne envie de fuir le plus loin possible (ah mon doux amant, oui, nous pourrions nous réfugier dans un pays chaud, au bord de la mer, la mer bleue).

dimanche 22 avril 2012

23 avril - dépressifs?

Pas besoin d'avoir 10 doigts, le sortant peut tout juste rêver de faire mentir les calculettes. Pas sûr que les manœuvres de séduction en direction de l'électorat lepeniste fasse autre chose qu’écœurer un peu plus ses déçus .
Il va pas avoir la niaque: comme tous les agités victimes de grandiosité, c'est la dépression qui va lui tomber dessus (voir le merveilleux Drame de l'enfant doué de Alice Miller). Et personne va le plaindre, en plus (sauf Carla, évidemment) : il a creusé lui-même le trou droitiste dans lequel il est tombé.
Ce qui va nous tomber dessus par tombereaux, ce sont les déplorations des Cassandre - il y en a déjà plein les réseaux sociaux, qui annoncent le désastre français, la fin des illusions, l'impuissance du nouveau chef. Même sans enthousiasme, j'imagine plutôt un regain d'énergie - d'ailleurs, un taux de participation aussi remarquable le laisse espérer. Et sur un peuple à tendance gravement dépressive comme les Français, c'est pas rien.
La dépression, c'est comme le sparadrap du Capitaine Haddock:  passe à ton voisin!

samedi 21 avril 2012

22 avril - gestes simples

Incontournable, faut que je parle du Premier tour. Bien en peine de prédire les résultats: l'ordre d'arrivée des deux lauréats pour le second tour (quand même, le sortant a l'air d'être sur une pente descendante, ce qui lui donne peu de chance de prendre la tête), le ou la troisième homme (je penche plutôt pour "la", c'est mon côté pessimiste)... Il y en a même qui se font peur en demandant si Le Pen peut gratter le deuxième - ça dépend du taux d'abstention ("abstinence", a lapsusé mon psy la semaine dernière) vu que la fois d'avant, ce sont des électeurs de dernière minute qui ont bousculé le duo annoncé.
Aveu: j'ai une boule dans le ventre quand j'imagine les scénarios du pire. Et même le scenario du meilleur m'emballe pas. Autre aveu: ma candidate favorite fait un petit score pas flambant. J'ai aimé son auto-dérision de "norvégienne ménopausée" ("qu'est-ce qu'elle a ma gueule?") mais l'humour ne suffit pas à convaincre l'inconscient du Français même écolo-sensible que son accent n'est pas germanique (peut-être que le côté norvégien me plait, justement, à moi qui ait des ancêtres là-haut). 
Un des plus tristes étonnements de cette campagne, c'est la maigre place prise par les questions qui me semblent les plus essentielles, la crise écologique, l'invention d'un nouveau modèle économique plus contributif et vert, le risque croissant de conflits mondiaux...
Alors, ce jour d'élection est aussi le jour de la Terre, célébré dans plus de 175 pays (et passé à la trappe ici). Où il s'agit à la fois de défendre des "gestes simples" (économiser l'eau, recycler, se déplacer en transport en commun, manger local), de se demander comment consommer moins de conneries (pourquoi est-ce si difficile?) et de se convaincre qu'il va falloir partager. Sans doute le plus nécessaire mais le plus radical : qui a envie de partager? En tout cas (c'est le jour des aveux), la gamine en moi, elle est jamais trop d'accord, faut lui forcer la main (et même après, elle continue de râler). 

mercredi 18 avril 2012

19 avril - loyauté

C'est le mot du jour: "loyauté". Au moment où le navire Sarkozi prend l'eau alors que le vent souffle sur la poupe de Hollande, ça circule d'un bateau l'autre. Bayrou, à qui ne reste plus que la carte éthique, souligne que justement c'est de "loyauté" que le monde a besoin. Invitation à regarder les derniers débats avant premier tour avec ces lunettes-là.
Un beau mot. Intéressant à la fois en politique et dans l'intime. Je l'aime mieux en forme d'espérance que de jugement - toujours menacée de me sentir déloyale, évidemment, moi qui ai cessé d'aimer mes parents lorsque j'ai compris qu'il était plus important d'être libre d'eux qu'être fidèle à une idée. Après tout, les 10 Paroles de vie commandent de "respecter" ses parents, pas de les aimer. Le prix de cette révolte, c'est la culpabilité qui guette (l’œil dans la tombe), la menace d'être confrontée à la faute "tapie" (il faut lire Marie Balmary, en particulier La Divine Origine - Dieu n'a pas créé l'homme, pour comprendre comment cette faute est d'abord tapie à l'intérieur de chacun de nous).
Ces jours-ci, elle me tire les orteils, la culpabilité, ce machin qui interdit d'abord d'être loyal à soi-même : dit comme ça, le choix égoïste semble friser le monstrueux pourtant qui va occuper ma place si je me mets tout le temps à celle des autres? Alors j'écoute ceux qui me disent "ce n'est pas ton problème". Ou encore la grande Marguerite (celle d'Hiroshima mon amour, toujours), sa défense de l'amour, du désir, de la jouissance: être, ce n'est pas raisonnable. Être, le seul vrai devoir, qui  fuit les bondieuseries mais encourage l'humain.

mardi 17 avril 2012

18 avril - creux

Il y a comme un effet de pause. Après les invectives, les grognements, les grands mitinges, on attend. C'est le moment de prendre un instant pour réfléchir (dans l'ancien collège de Malakoff, dénommé Georges de la Tour, un prof avait affiché au-dessus du tableau noir "Une minute... On réfléchit"). 
Pour moi l'injonction tombe bien, j'ai le cerveau embrumé. "Bosser bosser", c'est l'effet que ça me fait: me sens coupée du monde - un peu (quand j'étais jeune ce sentiment d'isolement au moment d'écrire un livre était violent, j'en sortais épuisée). Comme si le disjoncteur de mon compteur énergétique sautait tout seul. J'aime pas du tout cet effet de glaciation. J'ai peur d'y perdre de l'humanité. 
Mais n'exagérons rien : image du tueur d'Oslo - dans Libé, gros plan sur ses yeux, son absence de regard, dans ce visage gras et blanc, d'une insoutenable laideur.
Donc, ne pas oublier de réfléchir. Sans affolement ni indifférence. Marguerite Duras dit dans Hiroshima mon amour: "Les occasions de rendre des gens pensifs sont toujours excellentes." C'est au Théâtre des Abbesses jusqu'au 27 avril, invitation à "y" penser - "y" pour l'amour, la coïncidence entre l'histoire des unes et l'Histoire des uns, la mémoire et l'oubli.  Et la violence du désir au moment de la rencontre - bien sûr les souvenirs de notre rencontre sont venus, la faim de se parler se parler, la découverte de ta peau, la danse de se séduire sourire, la petite vague de l'espérance qui gonfle à l'intérieur. 
Attention, quand la pensée se met dans les creux, elle se déplie.

samedi 14 avril 2012

15 avril - marathons et naufrages

C'est la saison des marathons. Celui de Paris prend le relais du marathon des sables, arrivé samedi (le plus désirable, avec sa course dans les dunes et la difficulté supplémentaire de devoir porter soi-même de quoi s'alimenter). 
Les candidats à la présidentielle, eux, attaquent la dernière ligne droite de leur marathon respectif. Avec deux gros barnums, l'un à la Concorde (ça lui rappelle le jour de son intronisation?), l'autre à Vincennes (même s'il y a plus d'iris que de roses au Parc floral). L'innovation de l'année, c'est le grand meeting en plein air, lancé par Mélanchon à la Bastille, jusqu'à sa maxi parade sur la plage de Marseille, ah la bonne idée - d'ailleurs politiquement intéressante, puisque la plage reste un des très rares lieux où, tout le monde en maillot, les différences de classe se lissent.
C'est aussi la saison du Titanic coulé il y a 100 ans par un iceberg et par la connerie de ses architectes, armateurs et capitaine réunis pour se croire plus costauds que ça. Les commémorations se clôturent par une méga vente aux enchères, à New York (faut pas perdre le Nord, au risque de s'y frotter à de gros glaçons). De là à y voir des métaphores électorales...

mardi 10 avril 2012

11 avril - cour de récré

Leurs bobines sont affichées sur les panneaux des écoles, supports de moultes  commentaires intellectuellement élaborés : moustache de Hitler sur la face de l'un, "enculé" sur le front de l'autre, etc. Graffitis dignes sans doute de la finesse des échanges tels que les racontent les médias : "Ya rien dans son programme", dit Sarko de Hollande, qui peut répliquer "c'est çui qui l'dit qui y est". Dans leur coin, les états-majors comptent les points (de sondages), les journalistes spécialisés glosent sur le "troisième homme" (ou femme), tout le monde faisant mine d'oublier les marges d'erreur, dont les instituts ne se vantent pas.
Va falloir tenir à ce rythme stressant encore 11 jours. Après c'est l'ouverture de la chasse.
Ils sont là, les candidats, à se marquer à la culotte sur les aides au permis de conduire (c'est le boulot d'un président de la République, ça?), pendant que les "marchés" attendent de se baffrer en jouant  la France à la baisse, pendant que les Syriens se font massacrer et les Maliens partent en guerre civile... Bon sang, comment faire pour pas se sentir terriblement impuissant? C'est ça la démocratie? C'est pour ça que nos ancêtres se sont battus et sont morts?

vendredi 6 avril 2012

7 avril - Une seule solution, la vélorution!

La "semaine du développement durable" s'achève - mais qui l'a vue passer? Ça fait partie des drames de cette campagne électorale, Nénette est tombée aux oubliettes. Exemple, la promesse de baisser le prix de l'essence, une urgence des premières semaines après l'élection de Hollande. Mais seulement 2 points sur les 60 de son programme concernant l'écologie (le 3e sous cette catégorie n'a rien à voir) et en fait une seule mesure sérieuse, un plan pour isoler les logements. 
Idem, le silence sur les questions internationales. Sans doute les candidats estiment-ils que seul leur nombril intéresse les Français (je crains qu'ils aient pas tort).
Tant pis, finissons en beauté la semaine avec la Masse critique de Vélorution place de la Bastille. Ensuite festivités à côté, place d’Aligre, avec ateliers vélo et don des bicyclettes qui dorment dans les caves.
Et la nuit (ça n'a rien à voir mais le développement durable, c'est aussi jouir de la vie), ya "Bal démasqué" à Chaillot avec la troupe de Jean-Claude Gallotta. Chouette alors, danser "sur des musiques entraînantes"! (et se souvenir du "Bal moderne" inventé par le festival Paris Quartier d'été, dans les années 90)
le "bal rêveur" selon Thomas Lebrun, en mars

dimanche 1 avril 2012

2 avril - Promesse

La Dame est entrée au parlement de Birmanie. Sarko annonce des mesures révolutionnaires. Y a-t-il aujourd'hui au monde figure plus respectée que Aung San Suu Kyi? Et plus maigre espoir de voir un pays se transformer pour le meilleur qu'en France? Dure dure, la médiocrité de nos débats politiques, que le "hasard des calendriers" (grotesque formule) incite à comparer à d'autres scrutins. 
C'est pas une raison pour nous souhaiter des drames majeurs (genre "il nous manque une bonne guerre", ou "rien de tel qu'une dictature militaire pour reconnaître les bienfaits de la démocratie"). Mais ça donne envie de secouer les puces de ces pauvres poulets d'élevage pérorant dans la basse-cour nationale (tiens, ya une chanson de Souchon sur "les volailles qui font l'opinion").
Un projet est une promesse - en urbanisme comme en amour, comme en politique. Pas de quoi s'étonner, donc, que nous ayons envie de promesses. François Bégaudeau dans Le journal à 100 voix de Telerama.fr fait mine de s'interroger: "A croire qu'on aime être déçu. Qu'on aime la politique pour ce qu'elle est, une promesse de déception toujours tenue." Ce que nous aimons, ce dont nous avons besoin, c'est de projet! Avec une part de naïveté (se souvenir de l'élection d'Obama, la ferveur, même si nous savions tous qu'il ne changerait pas le monde). Mais aussi avec réalisme : sans projet, pas la peine de se donner du mal ; faire semblant de s'intéresser, ça use. 
Le véritable enjeu de notre scrutin serait la préparation d'une mutation de société, autant économique qu'écologique et sociale. L'absence de prise de position sur ce thème caractérise la campagne : rideaux de fumée de Hollande endormant le bon peuple,  rodomontades sympas et nostalgiques de Mélanchon, comptes d'apothicaire de Bayrou,  mensonges de Sarko, avanies de Le Pen... Éva, la seule à parler, reste inaudible, comme quoi les Français n'ont pas envie d'entendre.
Ça prépare une prochaine présidentielle opposant Marine à Cécile?
En attendant, faut aller voir Les Adieux à la Reine, de Benoît Jacquot : que fait-on quand le volcan explose?

samedi 24 mars 2012

26 mars - retour bis

Effroi de retomber dans la politique française - vu d'Israël, ça avait l'air bénin (quoique, le tir groupé des candidats autour du suspens toulousain, c'était déjà gerbant). Le pire n'est jamais sûr? C'est vrai. 
Mais là, qui a encore l'espoir d'une campagne électorale enthousiasmante? Difficile même de faire semblant de s'intéresser. Eux, ils s'y croient (plutôt que de croire vraiment à leur action?). Testostérone shoot (même chez les femmes), panoplie de Superman - Wonderwoman, lunettes de maître/maîtresse d'école - y se la pètent. Et leur gentil entourage se charge de les regonfler en cas de baisse de régime. A défaut de se battre pour une vision, ils pourraient jouer les modestes. Dommage : le meilleur de Hollande, c'est son scooter, et ce que je préfère de Sarko ce sont ses talonnettes. 

samedi 17 mars 2012

18 mars - à la plage, à la Bastille

Découvrir Tel Aviv. Dont je ne connais quasi rien - des images glanées dans des films (il y a quelques années, le cinéma israélien était merveilleusement surprenant), des plans dans les livres d'urbanisme, la réputation d'une ville moderne, dotée d'un joli patrimoine 20ème siècle, l'idée que je me fais de toutes ces cités du Proche-Orient, moches et dynamiques, poussiéreuses, bruyantes... Faute d'urbanisme et d'espace public (mauvaise foi ici, puisque Tel Aviv a un plan, conçu par Patrick Geddes), pas de charme ni d'ordre, mais de la séduction, du mélange, de l'intense. Ici, il y a aussi des très riches, du contemporain clinquant sur le bord de mer, et puis les villes qui ont des plages sont forcément plus plaisantes que les autres. 
Contrairement à ce que je pourrais espérer, il fait pas plus chaud qu'à Paris. Mais même, ça vaut le coup d'aller se baigner (ou de faire semblant?).
Pendant ce temps-là, Mélanchon prend la Bastille, défilant avec ses troupes pour "changer de régime". Gonflé tribun, il plait à mon amant (comme une face radicale de lui-même?). Moi j'aime son rire vengeur et ses phrases bien balancées, son enthousiasme (ça fait du bien, même s'il n'est pas non plus exempt de cynisme).

jeudi 15 mars 2012

16 mars - Traitement sans faveur

La campagne officielle, c'est maintenant, avec décompte minutieux des temps de parole : hormis les deux "gros" (qui l'appréhendent), les candidats attendent le moment avec impatience... Enfin l'occasion de regagner du terrain, espèrent-ils.
La stricte égalité des temps rend évidemment les discours cadrés, contrôlés : on perd en pestacle pugilat. C'est pas que j'aime le monde des petites phrases pseudo assassines mais déjà qu'on s'ennuyait ferme, est-ce que ça va s'arranger? En plus, il va falloir se cogner les blabla des ennemis et ceux des minuscules qui se poussent du col. Ou zapper - ultime recours, souvent pratiqué, je confesse.
Que me manque-t-il pour me passionner ? Défaut de respect pour le personnel politique, c'est sûr. J'aime le mode scandinave, qui réserve aux élus et aux ministres un traitement sans faveur, qui laisse de la place aux jeunes et aux femmes. Voir par exemple un reportage de 2007 en Norvège (http://www.youtube.com/embed/bJEkoIwvAL8) ou la série danoise Borgen (même si elle illustre aussi comment le pouvoir corrompt).
Et puis il faudrait limiter autant le cumul de mandats que leur durée. Tous les exemples que j'ai vu de près me démontrent combien, au-delà de deux mandats, un élu local a tendance à s'approprier le territoire (la ville), à placer ses hommes pour assurer sa réélection, non pas en fonction de leurs compétences mais en vertu de leur loyauté. Stratégie qui conduit aux impasses, au manque de courage, à l'absence de collaboration (quand on ne peut pas être réélu, il faut bien partager les projets auxquels on tient avec ceux qui devront les maintenir en vie), à la médiocrité des héritiers (des survivants, alors que tous les ambitieux ont été méthodiquement dézingués au fil des ans).