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jeudi 22 novembre 2012

23 novembre - Plaisirs de ville

A la maison, à la raison. Retour au banc de nage: pas de dispersion, de la production. Tous les zakouskis ont été mangés - interviews, montage du DVD pour Malakoff, textes de droite et de gauche, sommaires à discuter, projets à soumettre. Maintenant, retour à l'établi, faut finir les deux projets en cours: Malakoff toujours (pas le droit de se moquer mais c'est vrai, j'aurais dû achever l'écriture en mai dernier...), les textes pour le livre de Gérard Pénot sur l'Atelier Ruelle (un des urba français que j'admire le plus, qui n'a encore pas publié grand chose et c'est une pitié, donc il est temps et je suis heureuse d'en être).
rue de Chypre, Malakoff Amont. Atelier Ruelle. Photo JD Billaud
mail Pablo Picasso, Pré Gauchet. Atelier Ruelle. Photo JD Billaud
Bosser avec Gérard Pénot est un plaisir - c'est joyeux de suivre sa pensée (généreuse et réaliste), sa conviction que le plaisir de ville se partage d'abord en travaillant le sol, pour le confort du piéton et la lisibilité des parcours, les vues au loin et les repères, les transparences des rez-de-chaussée... Les réalisations de l'Atelier ont l'air simples - et bien sûr c'est beaucoup de travail.
Quand ce fichu bouquin sur le GPV de Malakoff sera fini, je sais bien que j'en serai heureuse (peut-être même fière). Alors bon sang, avance!



mercredi 5 septembre 2012

6 septembre - vive les bobos

Les voilà objets de colloque - "D'où viennent les bobos?"; rencontre universitaire des plus sérieuses, à Paris. Avec cette ironique perspective: les chercheurs qui échangent sur ce thème (avec difficulté car le concept n'est pas net) ont toutes chances d'être eux-mêmes qualifiés de bobos, plus ou moins gentiment. 
Plutôt moins que plus, vraisemblablement : on ne les aime pas, les "bourgeois-bohème", et ce qu'on dit d'eux, le plus souvent, fait penser à ce que d'autres temps moquaient des bourgeois tout court: "Les bourgeois, c'est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient..." Gamine, j'adorais la chanson de Jacques Brel, et je détestais franchement la bourgeoisie, un des symptômes de la haine de soi qui semble-t-il frappe toutes sortes de groupes sociaux, du genre "juif antisémite". 
Alors il y a comme un consensus à faire du bobo un beau bouc émissaire, Le Pen et Mélanchon d'accord - il a du fric, il prétend avoir des idées de gauche, il ne connaît rien en vérité aux masses populaires et il reste un ennemi de classe malgré ses tentatives bisounours pour se faire accepter. Surtout, on l'accuse d'être l'agent objectif de la "gentrification" qui affecterait pour le pire les centres des villes en chassant les pauvres.
Là, écoutons le géographe Jacques Lévy, professeur à l’école polytechnique de Lausanne. Il fait "l'éloge des bobos", au nom de leur allophilie, leur capacité à accepter la différence. Vertu cardinale en ces temps d'allophobie exacerbée (ah, les joies de l'entre-soi!). Les études que Jacques Lévy mène sur l'évolution des villes montrent simplement que c'est dans les centres anciens, là où vont les bobos, qu'il y a aujourd'hui le plus de mixité - contrairement aux quartiers bourgeois homogènes. Certes, leur arrivée dans un quartier populaire fait augmenter les prix mais elle permet de lutter contre les processus de dégradation qui fabriquent les ghettos, la délinquance, les zones de non-droit où se perdent les aménités urbaines. Les quartiers bobos, eux, redeviennent des lieux d'échange, les commerces peuvent s'y réinstaller, la vie y est plus agréable. Et si le succès est trop grand, si les prix immobiliers s'emballent, si les villes ne font pas leur boulot pour maintenir là du logement social et de quoi loger les classes moyennes, alors hélas les bobos pionniers sont obligés de s'en aller... Parce qu'ils ont souvent plus de culture que de sous, quoi qu'on en dise.
Joli exemple de cette affaire dans le quartier de Malakoff, à Nantes: sur les ruines d'une ancienne barre HLM, a été construite une résidence de La Foncière (ex 1% dit patronal, dont les logements sont réservés aux salariés des boîtes cotisantes, à des prix un peu inférieurs à ceux du marché). Les logements sont beaux, grands, avec terrasse et vue sur Loire, pas difficiles d'y trouver des locataires, malgré la mauvaise réputation du quartier. Les anciens habitants n'apprécient pas les nouveaux venus, ils les traitent de "riches" (et c'est sûr, ils le sont beaucoup plus qu'eux). Et pourtant François, dessinateur industriel, espère faire sa place ici, en bon fer de lance de la mixité: "J'ai toujours prôné la culture des différences, alors intégrer Malakoff n'est pas un problème, au contraire."


mercredi 15 août 2012

16 août - l'habitrude

Passage à Nantes. Cela fait longtemps que nous n'avons pas joui de ce studio, calme cabane de nos amours illicites. Où déjà nous avons de l'histoire, des souvenirs dans les coins, des moments doux et d'autres tendus, un peu d'habitrude (formule appréciée de mon frangin, qui me fait encore rire).
Retour aussi au livre nantais - Malakoff en souffrance dans les plis de mes ordinateurs depuis des mois. Ça fait bizarre de le retrouver, avec un regard plus frais j'espère. Et la chance de pouvoir en parler avec mon homme : comment restructurer le tout, je n'étais pas contente du résultat quand j'ai mis l'ouvrage en suspend. Trouver une nouvelle organisation, tailler dans la masse déjà écrite, c'est le programme du jour.
Et puis le truc pas drôle : remplacer mon téléphone volé à Barbès. Sans mon tit' e-phone je suis tout' perdue...

mercredi 23 mai 2012

24 mai - Péage sauvage

Un péage, taille presque normale, mais en bois et transformé en belvédère : on est prié d'escalader pour observer, droit devant, la vie boisée de la Petite Amazonie, drôle d'enclave de nature dans Nantes. On est prié aussi de s'installer comme on veut sur le plateau disposé à l'entrée de ce  "Péage sauvage". 
©Observatorium
L'œuvre a été conçue et réalisée par le collectif Observatorium. Un groupe venu de Rotterdam, mêlant art, architecture, design. Repéré à l'occasion de l'expo Ruhr 2010 avec leur "En attendant la rivière", un pont en bois de récupération des ports rhénans, sculpture jetée sur l'Emsher, une rivière encore très polluée.
"Péage sauvage" n'est pas une installation ordinaire : elle demande à être appropriée, transformée - les artistes resteront sur place jusqu'à la fin de l'été pour voir comment ça tourne et quelles modifications apporter. Ensuite, elle vivra sa vie.
Mon amoureux critique l'objet - à force de voir partout ces structures en bois, il trouve difficile de s'en émouvoir. Mais quand même, j'aime le projet, parce qu'il fabrique un vrai espace public et qu'il joue à fond une dimension collective de l'art qui, je l'espère, va prendre toute sa dimension quand elle sera généreusement customisée.
L'idée ici est un pur "in situ" : cette poche de verdure non domestiquée, à quelques pas du centre historique de Nantes et en bordure du grand ensemble de Malakoff, est le fruit d'un hasard historique: protégé par les talus de voies ferrées, bombardé pendant la guerre par les Alliés qui voulaient détruire la gare et les ponts tous proches (ce qui a créé des trous d'eau favorable au développement d'une zone humide), ce territoire de 15 ha a été préservé de l'urbanisation par un projet de pénétrante autoroutière - abandonné à la fin des années 1980 - et finalement classé en zone Natura 2000. La seule atteinte qu'il supporte aujourd'hui à sa transformation en nature réellement sauvage, c'est la présence de petites vaches, qui empêchent la forêt de gagner tout l'espace.
Observatorium s'est inspiré de toute cette histoire pour imaginer son "Péage sauvage", une commande de la Biennale Estuaire. La manifestation Estuaire n'ouvrira pleinement qu'à la mi-juin mais elle démarre ici un mois avant, pleine de bonnes intentions vis-à-vis du quartier social voisin : des médiateurs sont à pied d’œuvre pour intéresser les écoles, les parents, les jeunes. Et pour accueillir les visiteurs, à commencer par les Nantais, pour qui Malakoff reste un quartier de mauvaise réputation.
Aventure à suivre sur le site : http://observatoriumrotterdam.blogspot.fr/

mercredi 28 mars 2012

29 mars - sur la tour Bleue

Ballade dans le quartier Malakoff en compagnie de Patrick Rimbert, élu nantais qui porte le projet de rénovation depuis l'origine. En commençant par l'escalade de la "tour Bleue", la plus haute et la plus emblématique du quartier, la plus dégradée aussi - elle a souffert à la fois de sa proximité avec le centre commercial et de défauts de construction, qui ont mangé le béton de ses balcons et son revêtement en pâte de verre. Mais elle a été un repère, surtout par sa couleur. 
Raisonnable ou pas, la réhabilitation lui fait perdre le bleu. L'architecte (Philippe Barré) avait proposé un revêtement métallique bleu pâle - qui aurait attrapé avec légèreté toutes les belles lumières de l'estuaire. Mais certains ont craint la stigmatisation. Alors la tour bleue sera "aubergine" - autant dire noire, la dernière couleur à la mode en architecture. Trois autres tours de Malakoff sont réhabilitées en même temps - celles-là capotées d'acier "non-couleur".
De là-haut (18 étages + le socle + la terrasse), vue splendide - sur la ville, l'estuaire, la Loire... Et bien sûr tout le GPV, ses tours et ses bananes (petit nom affectueux des habitants pour leurs barres, que les techniciens appellent "linéaires"), les nouveaux immeubles d'Euronantes, les chantiers... Moment d'enthousiasme.

mardi 13 mars 2012

14 mars - Amazonie

Une grande cuvette, creusée par les bombardements sur Nantes pendant la dernière guerre mondiale, préservée par son encerclement entre voies ferrées, sanctuarisée aujourd'hui comme réserve Natura 2000: la Petite Amazonie est un drôle de truc au milieu de la ville. Les gamins, autrefois, y jouaient tranquillement mais sans le dire parce que les parents le leur interdisaient - trop boueux, trop sauvage... Les mômes d'aujourd'hui, dans la cité Malakoff, s'en désintéressent - pas assez urbain, sans doute. Alors ils sont médusés quand on leur dit que la Petite Amazonie fait partie de leur quartier ("C'est à nous?").
Les ornithologues et les botanistes, eux, scrutent les lieux, histoire de voir comment évolue la nature laissée à elle-même, dans toute sa biodiversité (accentuée par la proximité de la ville). Grâce à la Biennale d'art contemporain Estuaire (bêtement rebaptisée "Voyage à Nantes" pour sa saison 2012, les autres villes de l'estuaire apprécient!), un belvédère est en train de se construire sur la rive de cette réserve, structure imaginée par des artistes néerlandais et qui devrait attirer les curieux vers ces confins du centre-ville.

mardi 21 février 2012

22 février - Imam et promoteurs

Promoteurs, imam, habitants, architectes... Une journée sur le quartier Malakoff. Ce que j'aime dans ce métier (difficile à estampiller et long à décrire), c'est l'occasion de rencontrer toute une diversité de personnalités, autant de points de vue, d'intérêts pas nécessairement convergents, de pratiques et de complaintes. Ici des tours à réhabiliter et des barres (les habitants de Malakoff les appellent des "bananes"), des logements et des bureaux à construire, une mosquée toute neuve, un quartier neuf à deux pas de la gare (mi quartier d'affaires, mi ville classique) pensé en même temps qu'un grand ensemble où vit une des populations les plus pauvres de France.
Les projets urbains sont passionnants parce qu'ils n'existent que dans la complexité, l'intensité du réel. On y parle de géographie, d'histoire, d'avenir, de politique. Comme le dit Antoine Grumbach, ils réussissent à condition de toucher à la fois le physique (la transformation visible, les aménagements), le symbolique (les espérances, les discours, les peurs) et l'imaginaire (souvent lié à l'histoire et à ses traces). Ce qui pourrait être une définition de la politique, aussi. Pourrait.

jeudi 9 février 2012

10 février - Loger

Quartier Malakoff, entre Loire et gare, en lutte contre les fatalités des grands ensembles : un beau projet de renouvellement urbain, sous l'influence de Gérard Penot, urbaniste extrême dans l'art du détail et le dialogue avec tous les "acteurs" de la ville ("acteurs", mot valise, terme consacré pour tenter de désigner la multiplicité sans fin de tous ceux qui interviennent dans le domaine urbain). Je prépare un livre sur l'histoire de ce quartier et de sa transformation, il faut donc y parler de rues et de ponts, de piscine et de collège, de bureaux et de commerces. Et bien sûr de logements. Il faut y donner la parole aux promoteurs, aux architectes, aux politiques, aux bailleurs sociaux, aux animateurs, aux enseignants, aux curés et aux imams... Et bien sûr aux habitants.
Loger, ça ne se dit plus: on parle d'habiter, c'est plus chic, intéressant, complexe. N'empêche, il est toujours question de résoudre des questions basiques: sur quelle surface vivre, avec quelle lumière et quelle vue, quel type de cuisine et quels rangements??? Des histoires d'ascenseur, de local poubelle (un mot qui va bientôt disparaître, au profit d'un plus seyant), d'isolation thermique... Et avec ça il faut réussir à faire de la ville, donc de l'architecture et de l'échange.
Rue du Cher, c'est un immeuble qui mélange des logements privés et sociaux, avec des vérandas - luxe d'espace, qui donne aux plus pauvres une pièce en plus ou un lieu de rangement, et aux autres une terrasse ou un salon de jardin... Une histoire qui a failli mal tourner alors que le promoteur (Oceanic) commençait le chantier sans avoir vendu assez d'appartements et que la crise lui tombait dessus, en 2008 : il a fallu que les architectes (DLW, jeune équipe nantaise), l'aménageur, l'urbaniste, se bagarrent pour que le programme ne soit pas méchamment déshabillé.
Les étoiles de Loire - DLW architectes - Chalmeau ©



jeudi 19 janvier 2012

20 janvier - Culture urbaine


Matinée de réflexion sur le quartier Malakoff, le livre que je prépare, le DVD à imaginer… Je n’ai jamais fait de DVD, l’aventure est excitante. «Cultures urbaines» à travailler avec l’équipe des Badauds Associés (qui jette les bases d'une Web TV sur le site).
Heureuse de vérifier que parler d’urbain en même temps à un public non averti et à des spécialistes n’est pas impossible : c’est une question d’entrée en matière. Pour les citoyens, les ordres théoriques n’ont pas beaucoup de sens – personne ne parle d’espace public bien que beaucoup en commentent les usages. D’où l’idée d’entrer par les lieux. Cela permet à tous de se repérer et d’identifier des objets intéressants (le collège, le pont, la piscine, la tour bleue…). Et chacun de ces chapitres permet de parler d’histoire et de territoire, d’architecture et d’aménagement, des différentes solutions possibles et de la façon dont les choix ont été faits, des multiples intervenants et de leurs méthodes, des inquiétudes des uns et des certitudes des autres…