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vendredi 16 novembre 2012

17 novembre - des landes

Notre-Dame des Landes, grand rendez-vous. Des foules, pas toutes là pour les mêmes raisons mais l'opposition à ce projet d'aéroport fédère les "déçus" de gauche (difficile de parler de déception, ni le Front de gauche ni les écolos ne se faisaient d'illusion en élisant le "moindre mal"). 
Un beau dossier, bien symbolique, qui va empoisonner durablement le gouvernement. Parce qu'il représente idéalement les doutes sur le modèle de société, le besoin d'un virage drastique ou l'espoir d'une négociation encore avec les modes de vie actuels. Parce qu'il est défendu par le Premier ministre lui-même - et ça pèse plus négativement que positivement dans la balance (signe des temps: autrefois, le poste au gouvernement était une garantie de succès pour un projet). Parce que les mots d'ordre anti Vinci sont convaincants - pas sûr du tout que ce projet privé soit sérieusement contrôlé par la collectivité publique. Parce que le projet a de gros défauts - par exemple celui de prévoir des nappes de parkings en surface, peu coûteux et bien rentables mais stupidement dévoreurs de terres cultivables. Parce que la négociation avec les anti a été menée sans égards ni subtilité - c'est d'un autre âge, la brutalité des technocrates qui ont raison, mais les "intelligents"  ne l'ont toujours pas compris.
La liste pourrait continuer. 
Ce qui à mes yeux rendrait ce projet défendable, ce serait une vision à long terme, à l'échelle de la région Ouest : une infrastructure réellement moderne, économe, reliée par des transports collectifs performants aux grandes villes des environs, à commencer par Nantes et Rennes. Le projet de réaliser un tram-train entre les deux capitales bretonnes et ainsi de donner forme à une vraie métropole est bien dans les cartons (pour 2025, disait-on) mais pas confirmé du tout - quant à celui qui doit relier l'aéroport à la gare de Nantes, on n'en parle pas beaucoup. L'autre idée, c'est la résurrection ici du fameux 3ème aéroport: à 2h de TGV de Paris, ce serait raisonnable. Une manière de desserrer l'étau qui pèse sur l'Ile-de-France, de décentraliser profondément ce pays. 
Quant à savoir si le transport aérien va perdre en intensité dans les décennies à venir (prédiction écolo), je suis pas convaincue: la véritable échelle des échanges, c'est la planète et je vois mal comment les humains pourraient régresser sur ce point. Et d'imaginer comment nous allons inventer de nouveaux vols, de nouveaux aéronefs - avec bien sûr, des dirigeables (l'aérostat, plus léger que l'air, a toutes vertus écolo par rapport à l'aérodyne, plus lourd).
http://www.creations-sites.net/vivreecolo/article19-a.htm
 

mercredi 7 novembre 2012

9 novembre - Dindes à Noël

Heureusement, il y a Roselyne Bachelot . Elle justifie l'absence de parlementaires dans la commission Jospin sur la rénovation de la vie politique : "On n'a jamais vu les dindes fêter Noël" (in Libération). L'humour de cette femme et son franc-parler restent des exceptions dans ce pays et c'est bien dommage. 
Revitaliser la politique, la moraliser: ya le feu au lac, si on ne veut pas que les taux d'abstention atteignent les niveaux américains (supérieurs à 50%). Et si on espère que l'activité attire des gens intéressants et pas seulement intéressés. La commission va pas préconiser du révolutionnaire, faisons confiance à Lionel. Mais quand même interdire le cumul des mandats, c'est le minimum. Accepter une dose de proportionnelle? A partir du moment où on se prétend favorable à la démocratie, difficile de justifier l'exclusion des "petits" partis - le vrai problème, mais personne ne va le soulever, c'est admettre que les citoyens  sont nécessairement crétins, peureux et méchants dans des proportions variables mais inévitables (de même qu'ils peuvent aussi être malins, cultivés et généreux...). Déontologie? Là, tout reste à faire. 
Perso, j'en suis venue à croire qu'une mesure radicale assainirait réellement la vie politique et l'ouvrirait à beaucoup plus de représentants : non seulement limiter le nombre de mandats mais en limiter la durée : deux au maximum. Ça obligerait les élus convaincus à rechercher des alliés pour porter leurs projets, au lieu de faire de leur réélection l'enjeu majeur de leur politique.

lundi 8 octobre 2012

9 octobre - Tigres affamés

Grève. La CGT y va toute seule alors ça devrait pas être trop pénalisant mais ça sonne le début des emmerdes pour le gouvernement. On compte les divisions. Et les mots doux commencent à voler bas. 
Ce qui arrive au gouvernement illustre si méchamment la question à 100 millions d'euros: pourquoi donc les politiques veulent-ils le pouvoir? Ils ne vont pas cesser d'y prendre des coups, se retrouver atrocement isolés, perdre leurs amis et le sens de leur engagement. Le caractère addictif de la chose ne fait aucun doute, il y a une ivresse à rugir plus fort que les autres, à jouer les chefs de meute, à séduire des suiveurs et des affiliés. Peut-être aussi une ivresse à trahir? Le film de Pierre Schöller, "L’Exercice de l’État", raconte avec acuité et violence cette réalité complexe, cet effroi intime de l'homme politique qui se perd dans ses propres méandres et bande, seul, jouissant de s'assumer «tigre affamé dans la nuit noire».

L’Exercice de l’État © Diaphana Distribution

Avec moins de brio mais autant de désespoir, il y a eu "Borgen", série télé danoise sur une femme, Premier ministre inattendue puis accrochée au pouvoir, accrochée sans doute aussi au plaisir intense du combat. Une addiction semblable au jeu - nécessairement voué à la perte, bien sûr. Le ministre incarné par Olivier Gourmet souffrirait davantage d'addiction sexuelle, mythes de possession et de dévoration mêlés.
Manuel Vals : celui qui, aujourd'hui au pouvoir, illustre sans doute le mieux cette ivresse et les risques qu'elle fait courir à celui-là qui fonce trop vite sur les routes. Bientôt, il va commettre une erreur irréparable, dont il se réparera sans doute.

lundi 10 septembre 2012

10 septembre - Rêver?

Encore une rentrée, celle des parlementaires. Pas le moment de rire, pas d'enthousiasme. Faut se souvenir que Hollande promettait de faire rêver la France (le soir de sa désignation comme candidat socialiste, il voulait «réenchanter le rêve français»). Et bien sûr il n'y a guère occasion de rêver dans tout ce qui se discute aujourd'hui, pas davantage dans l'intervention télévisée du président dimanche soir. 
Mais quand même, d'où ça sortait cette idée de "rêve français"? Presque un oxymore : faire appel à l'identité nationale, pas de quoi fantasmer. Quant au rêve, en politique, au-delà de l'illusion qu'en reste-t-il? Et la formule "réenchanter" me fait davantage penser à Disney ou à Bonne nuit les petits qu'à un appel à la créativité et à l'innovation - qui suppose de l'imagination bien sûr, et la volonté de changer ce qu'on connait, donc de renoncer à ce qui encombre.
Franchement, ils me foutent en colère, ces politiques qui bricolent, incapables de proposer une vision d'avenir - la rencontre du candidat Hollande avec Edgar Morin, qui mettait clairement en lumière ce manque de perspective radicale (http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/04/le-pouvoir-pour-quoi-faire_1695946_3232.html), est justement publié par les éditions de l'Aube: Dialogue sur la politique, la gauche et la crise.


mercredi 22 août 2012

23 août - Suspicieux

Ambiance Rentrée tout autour. Les resto et les boulangeries restent fermés mais ya du bruit de bottes du côté des états-majors politiques. La ronde des universités d'été est ouverte - et avec elles un cortège d'épiphénomènes difficiles à prendre au sérieux même s'ils se montent en épingle les uns les autres. 
J'aime les empoignades chez les Verts: depuis la  naissance des partis écolo, la recette du conflit interne s'étoffe et donne une qualité dramaturgique à leurs échanges, du plus riche effet. Avec une composante sympathique: un parler direct, qui ne prend pas de gants et ne respecte pas volontiers les règles du jeu (ça fait du bien, dans cet aréopage de faux-culs). Et un caractère nettement moins aimable, un côté suspicieux partagé par tous les politiques mais qui semble s'aggraver ici : il y a par essence un fond parano dans l'écologie (envisager le pire) et une tendance khmer encouragée par la certitude d'avoir raison contre le reste du monde (comme la pomme dans le calva des Tontons flingueurs, "y en a"). Pile, ils ont plutôt de l'humour. Face, ça rigole plus.

lundi 9 juillet 2012

10 juillet - négo

Ils planchent en atelier, comme de bons élèves. Ont-ils préparé leurs interventions? Sont-ils généreux et intelligents ou bien se contentent-ils de faire semblant? Ou n'essaient même t-ils pas? Deux jours de "dialogue social": beaucoup dépend de la bonne volonté vs mauvaise foi. L'ami Michel Corajoud, homme de bonne volonté s'il en est, appelle de ses vœux une union nationale, tellement l'heure est grave. Mais je crains qu'il manque un ennemi, sans lequel les Français n'ont jamais su se serrer les coudes.
Ils ne savent pas non plus négocier et le pire, c'est qu'ils en ont l'air fiers (Pécresse sur France Inter, ravie d'affirmer que ce n'est pas dans nos traditions!). Ce que cet entêtement à faire plier l'autre pour se prouver qu'on a raison coûte au pays, à l'économie, à la qualité de vie, c'est sans doute inchiffrable. Pourtant l'incapacité collaborative a déjà des effets dramatiques - et dans le monde qui vient, ça ne va plus pardonner qu'aux empires anti-démocratiques.
Hollande propose d'inscrire la négociation sociale dans la Constitution ? L'idée est élégante et après tout il faut bien commencer par quelque chose : lorsque la déclaration des droits de l'homme a énoncé l'égalité de tous, personne ou presque n'y croyait (d'ailleurs, aujourd'hui, c'est toujours pas évident mais au moins ça aide à se battre pour).
Pour négocier, il faut écouter avant de parler. Avoir une stratégie - ne pas perdre de vue l'objectif réel. Et être patient (le réalisme, ce serait de ne pas se coincer dans des "tout ou rien" enfantins). Règles de base de toute communication. Pour la première, je savais mieux m'y prendre il y a quelques années (depuis, je me suis sans doute trop endurcie). Pour la seconde, j'ai fait un peu de progrès. Pour le tout, faut que j'apprenne de mon amant, qui m'a l'air d'être un fortiche en la matière.

lundi 2 juillet 2012

3 juillet - examens

C'est la période des examens, alors pour le Premier ministre aussi. Sans espoir d'être bien noté puisque, aujourd'hui, monter à la tribune pour afficher un programme politique, c'est forcément aller au casse pipe - concours de mauvaises fois en perspective, en réponse à des annonces qui n'auront c'est sûr rien d'enthousiasmant. Gouverner n'est franchement pas de tout repos, à se demander pourquoi ils y tiennent tant, tous ces drôles d'oiseaux qui prétendent savoir ce qui est bon pour les autres et comment y parvenir - une définition comme une autre de la politique.
Qui disait que la première qualité d'un homme politique c'est d'avoir de la chance? A ce compte-là,  plus personne n'en a, ces temps-ci. J'en aurais presque de la commisération, parce que vivre sans l'aide du ciel, c'est dur. 
Nous aussi, nous sommes en période d'examen, inquiets l'un et l'autre de décevoir, de ne pas être à la hauteur. Lui tellement en besoin d'être aimé. Moi tellement habituée à ne pas faire confiance à un homme, à ne pas même savoir comment imaginer qu'il puisse prendre soin de moi. Tous les deux bouleversés par ce qui nous arrive, par l'amour que nous nous promettons, par toute cette espérance et par les chagrins anciens qui rodent, là, si près.

mardi 21 février 2012

22 février - Imam et promoteurs

Promoteurs, imam, habitants, architectes... Une journée sur le quartier Malakoff. Ce que j'aime dans ce métier (difficile à estampiller et long à décrire), c'est l'occasion de rencontrer toute une diversité de personnalités, autant de points de vue, d'intérêts pas nécessairement convergents, de pratiques et de complaintes. Ici des tours à réhabiliter et des barres (les habitants de Malakoff les appellent des "bananes"), des logements et des bureaux à construire, une mosquée toute neuve, un quartier neuf à deux pas de la gare (mi quartier d'affaires, mi ville classique) pensé en même temps qu'un grand ensemble où vit une des populations les plus pauvres de France.
Les projets urbains sont passionnants parce qu'ils n'existent que dans la complexité, l'intensité du réel. On y parle de géographie, d'histoire, d'avenir, de politique. Comme le dit Antoine Grumbach, ils réussissent à condition de toucher à la fois le physique (la transformation visible, les aménagements), le symbolique (les espérances, les discours, les peurs) et l'imaginaire (souvent lié à l'histoire et à ses traces). Ce qui pourrait être une définition de la politique, aussi. Pourrait.