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mercredi 18 avril 2012

19 avril - loyauté

C'est le mot du jour: "loyauté". Au moment où le navire Sarkozi prend l'eau alors que le vent souffle sur la poupe de Hollande, ça circule d'un bateau l'autre. Bayrou, à qui ne reste plus que la carte éthique, souligne que justement c'est de "loyauté" que le monde a besoin. Invitation à regarder les derniers débats avant premier tour avec ces lunettes-là.
Un beau mot. Intéressant à la fois en politique et dans l'intime. Je l'aime mieux en forme d'espérance que de jugement - toujours menacée de me sentir déloyale, évidemment, moi qui ai cessé d'aimer mes parents lorsque j'ai compris qu'il était plus important d'être libre d'eux qu'être fidèle à une idée. Après tout, les 10 Paroles de vie commandent de "respecter" ses parents, pas de les aimer. Le prix de cette révolte, c'est la culpabilité qui guette (l’œil dans la tombe), la menace d'être confrontée à la faute "tapie" (il faut lire Marie Balmary, en particulier La Divine Origine - Dieu n'a pas créé l'homme, pour comprendre comment cette faute est d'abord tapie à l'intérieur de chacun de nous).
Ces jours-ci, elle me tire les orteils, la culpabilité, ce machin qui interdit d'abord d'être loyal à soi-même : dit comme ça, le choix égoïste semble friser le monstrueux pourtant qui va occuper ma place si je me mets tout le temps à celle des autres? Alors j'écoute ceux qui me disent "ce n'est pas ton problème". Ou encore la grande Marguerite (celle d'Hiroshima mon amour, toujours), sa défense de l'amour, du désir, de la jouissance: être, ce n'est pas raisonnable. Être, le seul vrai devoir, qui  fuit les bondieuseries mais encourage l'humain.

mardi 17 avril 2012

18 avril - creux

Il y a comme un effet de pause. Après les invectives, les grognements, les grands mitinges, on attend. C'est le moment de prendre un instant pour réfléchir (dans l'ancien collège de Malakoff, dénommé Georges de la Tour, un prof avait affiché au-dessus du tableau noir "Une minute... On réfléchit"). 
Pour moi l'injonction tombe bien, j'ai le cerveau embrumé. "Bosser bosser", c'est l'effet que ça me fait: me sens coupée du monde - un peu (quand j'étais jeune ce sentiment d'isolement au moment d'écrire un livre était violent, j'en sortais épuisée). Comme si le disjoncteur de mon compteur énergétique sautait tout seul. J'aime pas du tout cet effet de glaciation. J'ai peur d'y perdre de l'humanité. 
Mais n'exagérons rien : image du tueur d'Oslo - dans Libé, gros plan sur ses yeux, son absence de regard, dans ce visage gras et blanc, d'une insoutenable laideur.
Donc, ne pas oublier de réfléchir. Sans affolement ni indifférence. Marguerite Duras dit dans Hiroshima mon amour: "Les occasions de rendre des gens pensifs sont toujours excellentes." C'est au Théâtre des Abbesses jusqu'au 27 avril, invitation à "y" penser - "y" pour l'amour, la coïncidence entre l'histoire des unes et l'Histoire des uns, la mémoire et l'oubli.  Et la violence du désir au moment de la rencontre - bien sûr les souvenirs de notre rencontre sont venus, la faim de se parler se parler, la découverte de ta peau, la danse de se séduire sourire, la petite vague de l'espérance qui gonfle à l'intérieur. 
Attention, quand la pensée se met dans les creux, elle se déplie.