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lundi 3 décembre 2012

4 décembre - Lens, pays noir en couleur




Sanaa architectes,  Morbach paysagiste
 Inauguration du Louvre à Lens - en soi, une telle étrangeté, ce musée de verre et d'aluminium poli, pure transparence posée sur la terre noire d'une ville minière. L'agence japonaise Sanaa (prix Pritzker 2010) réussit une merveille - chère, certes mais comme d'habitude il vaudrait mieux penser à ce que va rapporter cet investissement plutôt qu'à ce qu'il a coûté.
Sanna architectes, Morbach paysagiste

Beaucoup d'espoirs ici: ce musée, c'est une locomotive, des milliers de visiteurs attendus chaque année, alors il faut leur donner l'envie de rester, de revenir, de découvrir cette ville inconnue au bataillon. C'est aussi le travail de Michel Desvigne, auteur d'un schéma directeur des paysages sur l'ensemble de l'agglomération : il a réalisé entre la gare et le musée un chemin qui surplombe la ville (à hauteur de l'ancien cavalier, la voie ferrée qui alimentait le carreau de la mine) et révèle avec grâce une beauté inattendue. 
Lens, place de la gare. Photo F2G
Il a fallu des années pour que le musée sorte des dossiers puis de terre. Pendant ce temps-là, le Lensois a défendu auprès de l'Unesco son inscription au patrimoine mondial, en tant que "paysage culturel évolutif". Gagné en juin dernier. Et l'agglomération voit grand, avec un projet de territoire qui imagine d'ambitieux développements, Euralens (sous la houlette de Jean-Louis Subileau, vieux briscard de l'urba. Pas commode, par les temps qui courent, de rêver de telles croissances. Mais il faudra bien que quelques uns s'en sortent, alors pourquoi pas Lens? 

jeudi 29 novembre 2012

30 novembre - Transformer l'impossible en possible

Plongée dans le bassin lensois - ou comment se tente une reconversion majeure, maintenant que la mine n'est plus. Entre patrimoine et projet, retrouver un avenir. Superbe occase d'un voyage organisé par l'Ajibat, l'association de journalistes de la ville à laquelle j'émarge toujours. En apéro avant l'inauguration du Louvre-Lens, le 4 décembre - hélas, nous n'aurons pas l'occasion de pénétrer dans les lieux (top-secret!!!). Dommage, ça s'appelle un beau projet, réalisé par l'agence japonaise Sanaa, tout transparent avec ses réserves visitables. Il faudra revenir.

Image Cyrille Thomas © SANAA/Imrey Culbert/Catherine Mosbach
Là, nous nous contentons d'une ballade dans le bassin minier, classé depuis cet été par l'Unesco au Patrimoine de l'humanité comme "paysage culturel évolutif". Reconversion de cokerie (souvenir souvenir, l'Emsher Park reste la référence), schéma urbain et paysager de Michel Desvigne, alentours du musée... 

Ça fait un bail que je n'ai pas fait une virée de ce genre, alors que c'est sans doute ce que j'ai préféré dans ce métier, découvrir des villes et des paysages, rencontrer des gens qui croient à ce qu'ils font, qui se battent contre l'adversité. Tous ces héros qui cherchent à transformer l'impossible en possible. Et parfois réussissent. Du bonheur, forcément, même si on se gèle!
Lens "au coeur de l'Europe" (ça faisait longtemps que ce slogan n'avait pas frappé)

dimanche 29 janvier 2012

30 janvier - Le Prix des choses

Grand Prix de l'urbanisme : Michel Desvigne a remporté la timbale 2011 et en reçoit aujourd'hui les honneurs. Histoire d'une génération de paysagistes, formés par Michel Corajoud (Grand Prix 2003), avec pour tête de file Alexandre Chemetoff (Grand Prix 2000) : le paysage n'est plus une question d'espaces verts, de jardins; il est devenu l'essence de l'espace public (espace partagé par la communauté, donc politique) et il a renouvelé la manière de penser l'urbanisme, ses liens avec la géographie, l'histoire, le territoire dans toutes ses échelles - y compris les très grandes échelles (région, pays...).
L'urbanisme, avant, était aux mains des architectes (donc surtout formel) ou des planificateurs (alors statistique et démographique). Michel Desvigne, dans ce roman, occupe une place singulière : homme de concept (quasiment un intello) plus que jardinier, novateur dans sa manière de gérer le temps (les temps d'un projet sont si divers, contradictoires, le paysage y joue un rôle majeur pour "préparer les territoires à leurs vocations futures"). Dispersé en multiples points de la planète, il a quelque chose de délicat, d'alerte - si j'ose, je dirais même joyeux. Loin de la dimension profondément dramatique de Corajoud (dont l'humanisme parfois si intense en devient douloureux) comme de la tentation héroïque de Chemetoff, démiurge en lutte contre l'univers.
Dans la foule (le Grand Prix est LE moment de l'année où se retrouvent tous les acteurs de ce milieu), je regarde mon homme, mon amant qui ne veut plus se séparer de moi - espace-temps fragile où je ne me sens plus sûre de rien. Il y a un an, j'étais si fière de lui, de le montrer à mes copines, heureuse. Je savais que j'avais entrepris une aventure difficile, si désireuse de bien faire et quand même confiante dans une issue favorable - il était comme le Prix que j'allais enfin gagner, mérité.  Mais inconsciente du prix à payer (arrogante sans doute sur l'idée que j'avais déjà assez payé).
L'amour est comme l'urbanisme : un travail du projet, où imaginer une transformation et la partager.