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lundi 5 novembre 2012

6 novembre - élections en république bananière

La tragédie de l'époque - et de la planète, donc drame à la fois géographique et historique - se joue là, avec toute sa violence drolatique: l'avenir du monde dépend des élections dans une "république bananière". Bananière, l'adjectif est de Chris Hedges, reporter au New York Times et auteur de La Mort de l'élite progressiste (éditions Lux), interviewé par Daniel Mermet sur France Inter. Et en effet la vie politique des États-Unis dépend directement des grands groupes capitalistes, qui paient les campagnes électorales et s'attachent ainsi la loyauté des candidats et des élus. 
Photo Christian Hartmann. Reuters
Que vaut une démocratie quand les partis peuvent dépenser un milliard de dollars dans une campagne? Jeremy Rifkin pose lui aussi la question  - qui implique évidemment sa réponse.
La question engendre également des doutes épouvantables sur la suite à attendre de l'épisode en cours. De toutes façons, nous ici, les Européens, n'avons pas notre mot à dire. Nous avons peur de Romney et "votons" Obama par rejet du pire (comme les Américains le font, parait-il). Mais y a t-il pire que l'état des choses, un débat politique noyé dans le storytelling, truqué par les questions de "communication"?
Ça fout la colère de voir la politique française de plus en plus animée, elle aussi, par la lorgnette "communication", une dérive banalisée par les gouvernements socialistes des années 80, institutionnalisée depuis et infiltrée partout par le pouvoir sans retenue des chefs de cab... Histoire que décrit implacablement le film dePierre Schoeller, L'Exercice de l’État.

mardi 28 février 2012

29 février - Imaginer autre chose

Une journée pour la justice sociale, à l'appel de tous les syndicats européens: il semble que ce soit la première fois. "Halte à la casse", c'est le mot d'ordre, activé par la conviction que les politiques de réduction des déficits sont des erreurs dramatiques si elles se contentent d'enfoncer le continent dans la récession. Les souffrances grecques font peur à tout le monde - même si les situations sont difficilement comparables, puisque là le crédit compense la fraude fiscale depuis des décennies. 
Je ne sais pas trop quoi penser de la rigueur. Ma conviction : comme Rifkin, j'imagine que la crise multiforme dans laquelle le monde se débat n'a pas d'autre issue qu'une recomposition majeure. D'accord avec Rocard : "Nous avons oublié d'être radicaux dans nos manières de penser. Cela nous freine dans la recherche de nouvelles régulations." Voir son interview http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/02/25/michel-rocard-la-societe-de-demain-sera-moins-marchande-et-moins-cupide_1648319_1471069.html
Un exemple me donne espoir, la recomposition du système de santé suédois: une réduction drastique des budgets mais, parallèlement, une réflexion profonde sur le fonctionnement (et dysfonctionnement) du système, pour imaginer une organisation nouvelle, fondée sur des dispensaires dispersés dans tout le territoire, animés par moins de médecins que d'infirmières ou de kiné; les pontes sont consultés à distance et des hélicoptères emmènent les urgences dans un des rares grands hôpitaux du pays, qui continuent à développer les technologies de pointe. Bien sûr, ça fonctionne grâce à la bonne volonté des médecins (qui acceptent de ne plus être seuls maîtres à bord) et grâce à la modestie de tous (qui reconnaissent leurs doutes et n'hésitent pas à interroger plus sachant qu'eux).

samedi 4 février 2012

5 février - Par empathie

Jeremy Rifkin sur France Inter : intelligence indispensable, qui invite à affronter la crise tout de suite - ne plus attendre! Ce que j'aime absolument dans ses écrits, c'est le mélange des genres, l'analyse économique, la lecture de l'histoire (depuis la préhistoire jusqu'à l'histoire des religions), les connaissances biologiques et philosophiques... Et liant tout, l'engagement éthique. 
Il en appelle à la souplesse, à la collaboration, à la fluidité, au partage... En particulier pour montrer que les énergies vertes peuvent réellement remplacer les énergies fossiles, dont le manque crée la crise. Et structurer la nouvelle révolution industrielle. 
Au-delà de toutes les alarmes qu'il repère, sonnant dans tous les sens, il répète un message qui encourage à l'optimisme, il dit que l'être humain est "équipé pour l'empathie". Dans Une nouvelle conscience pour un monde en crise - Vers une civilisation de l'empathie (Les Liens qui Libèrent, 2011), il écrit : «Quand nous disons "Je ressens ta douleur", c'est bien la réalité : des neurones miroirs précis nous permettent vraiment de le faire». Sans cette capacité à écouter l'autre, à se mettre à sa place, à partager ses émotions, l'humanité serait déjà rayée de la carte, constate-t-il. Et c'est grâce à elle que nous pouvons nous sauver, nous et la planète. 
Il dit de remettre les sentiments et les émotions au centre de notre intelligence (la pensée, la mémoire, la créativité, n'existeraient pas sans eux, les émissions de Jean-Claude Ameisen sur le vivant le montrent chaque samedi matin sur France Inter). Il explique que comprendre le rôle de l'empathie dans le développement de l'humanité est une «question de vie ou de mort pour notre espèce». Parallèlement à une révision drastique de nos choix économiques et politiques.
La révolution est verte autant que philosophique. Il est urgent de diffuser Rifkin à haute dose.