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lundi 27 août 2012

28 août - violences

Encore du sang, les horreurs s'accumulent. La guerre d'un clan contre un peuple, devenue guerre civile par la volonté même du dictateur et par le soutien de quelques amis puissants - la Russie d'abord. Maintenant le feu s'est abattu sur Daraya "berceau syrien de la non-violence" (selon un blog diffusé par Rue 89:  Daraya, berceau syrien de la non-violence ). Daraya, une banlieue de Damas, attaquée selon la même procédure qu'ailleurs : pilonnage des quartiers puis ratissage par les soldats des lieux bombardés et liquidation  systématique des populations à "châtier". 
L'angoisse se diffuse autour et c'est bien là le terrible : la Jordanie appelle à l'aide, étouffée par les réfugiés. Et que va-t-il arriver au Liban, dont l'équilibre délicat n'a pas besoin d'être chahuté? Je pense à mon amie Myriam piégée là-bas. Comme quoi il ne faut pas toujours remettre à plus tard ce qui peut être fait aujourd'hui : est-ce que je vais regretter de ne pas lui avoir encore rendu visite?

jeudi 9 août 2012

10 août - La chute d'Alep

Autrefois, ce genre d'horreurs arrivait tout le temps, sans soulever de tempêtes. Les boucheries, aujourd'hui, nous les connaissons "en temps réel" (étrange, cette expression pour parler de faits guerriers aussi épouvantables, et pourtant oui, tel est le réel). Nous avons une capacité à nous en indigner, à ne pas les considérer comme "normales". Cela peut sembler inutile (apparemment, s'indigner ne change pas grand chose, souligne seulement notre impuissance) et pourtant ne pas s'accoutumer, ne pas fermer les yeux, ne pas hausser les épaules, c'est toujours quelque chose qui pèse dans la balance pour humaniser les êtres humains, malgré leurs activités et la mauvaise foi avec laquelle ils se donnent de bonnes raisons pour se comporter en ennemis irréductibles.
Le BHL s'exaspère, fustige le sommeil estival du gouvernement français - torpeur qui, en effet, a l'air de mise (le Conseil de sécurité s'est donné rendez-vous à la fin du mois, à croire qu'il n'y a pas urgence). Il prétend que les Occidentaux pourraient faire à Alep ce qu'ils ont fait en Libye - mais y a t-il tant que ça motif de se réjouir des événements libyens? L'ami Omar (cousin par alliance) attend seulement que le régime tombe, que les États-Unis interviennent pour que la crise prenne fin, de façon sans doute terrible, des centaines de milliers de morts, "alors ça va encore prendre du temps".

lundi 30 juillet 2012

31 juillet - Des guerres

Alep sous les bombes. Les villes où l'on a des amis sont plus "habitées" que les autres. Souvent c'est plus joyeux et intéressant. Cette fois la guerre est plus douloureuse parce que plus réelle puisque je connais cette ville, que j'y ai des souvenirs et des amitiés. Et peur pour les amis de mes amis. Omar y a sa famille, un frère, une mère... Ça fait des nœuds dans le tissu lâche de l'indifférence.
Et bien sûr la crainte du grand conflit qui peut se déclencher la-bas, Turquie et Kurdes au nord, Liban au sud, les Occidentaux dans la marmelade, l'Iran en embuscade... Pourtant est-ce stupide de voir un progrès si je compare la gestion de cette crise à ce qu'elle aurait été avant la guerre de 14 - une guerre que la communauté internationale n'a pas été capable d'éviter.

vendredi 6 juillet 2012

7 juillet - Syrie toujours

Après la rencontre diplomatique de Paris (bon sang, qu'est-ce qui peut sortir de ces constats d'échec? Déjà 6 000 à 15 000 morts en 18 mois, une vraie guerre civile commencée, bientôt la Turquie impliquée...), une soirée de solidarité sur le champ de courses d'Enghien (sûrement il y en a d'autres ailleurs) avec un chanteur populaire, Abou Rateb : http://syrie.blog.lemonde.fr/2012/07/06/soiree-de-soutien-aux-victimes-en-syrie/
Et puis à suivre, les « Papiers Syriens » que Wikileaks a commencé à publier. L'annonce: éclairer "d’un jour nouveau" le travail du gouvernement et de l’économie syrienne, les positions des opposants. Et révéler aussi comment les sociétés occidentales disent une chose et en font une autre. La base de données : 2 434 899 emails émis depuis 680 domaines, 678 752 expéditeurs différents pour 1 million de destinataires...
http://souriahouria.com/2012/07/05/syrie-wikileaks-a-entame-la-publication-des-papiers-syriens-syria-files/

lundi 28 mai 2012

29 mai - rouge sang

Rouge comme le sang versé en Syrie depuis des mois (14 mois) : la Fontaine des Innocents, à Paris, se drape de rouge; les manifestants et amis y viennent vêtu de rouge (ou au moins avec un foulard) et ils peuvent même apporter une bouteille de vin (rouge) parce que ce sera l'heure de l'apéro (19h) - comme quoi il n'y a pas que des musulmans intégristes dans l'affaire. A l'appel de l'association Souria Houria (Syrie Liberté), avec le soutien de la Mairie de Paris et d'Amnesty International.
La date a été choisie en mémoire du 29 mai 1945, formation de la Résistance civile à Damas. Et la démarche rend hommage aux militants syriens qui, le 5 octobre dernier, ont coloré en rouge plusieurs fontaines de Damas, en réponse au véto russe et chinois du Conseil de sécurité de l'Onu, ce véto qui continue à bloquer les réactions internationales aux massacres.
Samedi, je dinais avec quelques Syriens, désespérés par l'impuissance de la communauté internationale, le manque d'autorité de Kofi Annan, la volonté évidente de Bachar Al Assad de conduire le pays à la guerre civile. C'est tellement provocateur, cette image des cadavres alignés, certains si petits...  Omar en venait à espérer que la Turquie passe la frontière et s'empare du Nord de la Syrie - au moins, il pourrait revoir sa famille, coincée à Alep. Mais la guerre là-bas, c'est tellement terrible pour l'ensemble de la région, donc pour la planète.



lundi 16 avril 2012

17 avril - vague blanche

11 117: selon  l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, c'est le nombre de morts en Syrie depuis le début de la révolte, à la mi-mars 2011. La précision du chiffre est redoutable, on la croirait faite exprès pour marquer à la fois le 66e anniversaire de l'indépendance (17 avril 1946) et l'horreur d'une répression sans issue. L'ONU, quant à elle, décompte quelques 10 000 morts ("dont 800 enfants et 500 prisonniers achevés par leurs bourreaux"), on verra plus tard pour les milliers de disparus, déplacés, soldats abattus pour désobéissance, victimes innombrables de la férocité... 
On verra plus tard aussi les effets de cet état de siège sur une région du monde si terriblement menacée par les violences, tiraillée entre Hezbollah, Iraniens, Irakiens, Israéliens... Y penser, c'est trembler de douleur et d'impuissance, alors même que l'intensité de la crise économique mondiale peut faire craindre le pire dans ses conséquences guerrières.
La France, dans l'affaire, semble se comporter bien (pour ce que j'en comprends, à la lecture des journaux) par ses efforts diplomatiques unissant Ligue arabe, Union européenne, Turquie,  États-Unis. Et pourtant pas un mot dans la campagne électorale, sidérante d'égocentrisme franco-français (la planète, vue d'ici, ne semble exister que par cette sombre histoire de dette).
Pour sortir de l'indifférence et reprendre place dans la conscience mondiale, il y a un moyen: arborer sur soi, à sa fenêtre, sur son lieu de travail, un tissu blanc portant le mot Stop . L'idée est née il y a moins de trois semaines, portée par une ribambelle d'artistes, de scientifiques, de sportifs...  Avec l'espoir que cette ola de protestation va submerger le monde, lancement à 19 heures sur le parvis des Droits de l'Homme, esplanade du Trocadéro, et invitation à se photographier les uns les autres et à poster les images en ligne sur ce site, pour une Web manifestation Une vague blanche pour la Syrie
contrib@vagueblanchepourlasyrie.org
Sur France Culture, toute une journée "Solidarité Syrie": programme magnifique de diversité et d'intelligence: http://teleobs.nouvelobs.com/articles/une-journee-solidarite-syrie-sur-france-culture



samedi 25 février 2012

26 février - du sens?

Homs sous les feux des canons, peut-être encore debout grâce aux téléphones portables qui continuent à envoyer des images et des infos. Peut-être aussi est-ce une illusion d'espérer que cette veille préserve des vies, peut-être que la ville va finir en ruines, de toutes façons - impasse d'un tyran qui a dépassé le point de non-retour, celui où il n'y a plus d'alternative au bain de sang ou à la fuite. 
Débat l'autre soir chez des amis journalistes, sur le "progrès" que représentent ou non les réseaux sociaux pour l'information. L'un défend la rapidité, les autres regrettent le temps de réfléchir et de trier, je constate le rapprochement dans l'espace, aussi important que celui du temps. Que va devenir cette information "contributive", faisceau de milliers d'images, de twits et de sms? Bien malin qui le sait. Que vont devenir les journalistes dans cette foire d'empoigne parfois si chaotique? Un métier nouveau va apparaître - peut-être. En attendant, il y en a toujours qui se bagarrent pour être sur le terrain en y risquant leur vie, et cela a du sens. 

Contribution à la réflexion sur les réseaux sociaux, cette pub d'anthologie du Guardian : http://owni.fr/revue-du-web/les-trois-petits-cochons-revu-par-the-guardian/

dimanche 12 février 2012

13 février - Loups

Homs ville martyr : comme le dit Mélanchon, un pouvoir qui tue son peuple perd toute légitimité. Les récits et les photos publiés par les journaux sur ce qui se passe en Syrie provoquent l'effroi - tant de raffinement dans l'horreur, tant de systématisme, ça rappelle évidemment de quoi l'homme-loup-pour-l'homme est capable. 
Le confort occidental et démocratique peut aider à l'oublier, c'est facile l'indifférence (tout ça se passe loin, ce sont des brutes, pas si bien "civilisées" que nous). Ou à l'inverse, la conscience du privilège de ma situation peut ranimer mon engagement défaillant. Dès que je réfléchis un peu, je retrouve la fibre passionnée de mon adolescence, la colère. J'oublie le cynisme, qui était là aussi  pendant mon enfance, protection contre des émotions trop fortes et contre le sentiment d'impuissance. Cette saloperie de cynisme qui s'étale aujourd'hui partout et dont les tenants semblent aussi fiers qu'ils sont orgueilleux de leur civilisation supérieure.