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samedi 10 novembre 2012

11 novembre - "pour la France"

Avant, c'était juste pour fêter l'armistice de la Grande guerre ("grande"?). Cette année, pour la première fois (grâce à une loi Sarkozy de février dernier) le 11 novembre rend hommage à tous les "morts pour la France" : civils ou militaires, d'hier ou d'aujourd'hui, y compris tombés dans ces opérations pudiquement désignées comme "extérieures". 
C'est terrible, je peux pas m'en empêcher, mais toutes ces manifestations nationalistes me sortent par les yeux. Consciente quand même de la gratitude pour la chance d'être née dans ce pays (après les "grandes" guerres): ce serait nettement moins drôle d'être femme au Pakistan ou en Afrique du nord, par exemple. Et ça me dirait rien d'être nord-américaine. Mais au nom de quoi les morts "pour" ce pays méritent-ils un hommage particulier? Les soldats perdus en Afghanistan ces dernières années, par exemple? Et tous les héros des guerres coloniales et dé-coloniales? Pour célébrer ça, il faut vraiment croire que la Nation (avec majuscule, évidemment) transcende la raison, qu'elle a toujours raison - contre l'évidence de l'Histoire (avec ou sans majuscule?). 
La Nation, les festivités de ce 11 novembre nouvelle manière le prouvent bien, existe essentiellement par ses morts. Nécrologique. Nostalgique. Suicidaire.  Quant à la valeur, aujourd'hui, de cette notion du 19e siècle, elle me semble fort douteuse. Si je pouvais me balader avec un passeport européen, oui, ça aurait du sens (ah, si tous les jeunes Français avaient bénéficié d'un Erasmus, les Allemands, les Espagnols, etc., on n'en serait pas là).

jeudi 23 août 2012

24 août - tango grec

Tango ou valse? Valse lente, très lente et sans regards enamourés. Le tango est plus dramatique et les visages s'y détournent avec vigueur. La valse compte ses pas et donne le tournis à se répéter sans fin - quand j'étais enfant, je posais le 33 tours de la Valse Accélération (Johann Strauss) sur le pick-up, quand il il n'y avait personne à la maison, et je tournais, tournais, tournais. Joyeuse ou pleurante, selon. L'écouter me redonne des frissons aujourd'hui: http://www.youtube.com/watch?v=PscKxtzI3Ok
Mais je m'égare! Quel rapport avec les drames grecs, les doutes européens (ce serait plutôt la Valse Hésitation, alors), les sinistres pronostics qui attendent une sortie de l'euro et les effondrements en chaîne qui ne devraient pas manquer de satisfaire les joyeux drilles qui jouent sur la catastrophe boursière depuis des mois?  Voir la belle image du spectacle de Bruno Meyssat à Avignon, "15%": un des personnages, trader au costume gris et aux gestes froids, installe sur un tabouret de bar des morceaux de sucre en forme de temple grec puis vaporise d'eau, jusqu'à effondrement de la composition; et finalement pose une feuille de journal sur le tout, s'y assoie sur une fesse, l'air dégagé.
15% : dépeçages et agressions en tous genres
"15%", décidément laisse en tête des images fortes : art d'expliquer les subprimes et la crise en s'amusant (...).


samedi 11 février 2012

12 février - Grèce à mort

Pourquoi tant de haine? Pourquoi cette "petite" dette (comparée aux montants considérables qu'accumulent les autres pays Européens) fait-elle l'objet de tant de surveillance? Parce que les dits-partenaires ont peur qu'on s'intéresse à leur cas? Sans doute (la semaine prochaine, ce sera le tour de l'Espagne). Mais aussi parce qu'ils se donnent l'illusion d'une autorité en l'exerçant sans retenue sur le plus faible d'entre eux. 
Alors voilà la Grèce à feu et à sang. Des manifestations effarées, des banderoles sur le Parthénon pour rappeler aux principes démocratiques (complètement bafoués). La technocratie financière européenne veut que ce dimanche le parlement vote un nouveau plan de rigueur et que les partis de la coalition s'engagent à le soutenir (ce que, évidemment, ils rechignent à faire). La collectivité européenne fixe des ultimatums (du genre de ceux que les États ne savent pas faire respecter face à l'Iran ou à la Syrie). Honte sans borne de s'acharner sur un peuple déjà à terre. De demander encore des restrictions budgétaires qui interdisent toute reprise économique, alors que les milliardaires locaux suffiraient à payer cette dette - creusée en forte part grâce à eux et à leur refus de payer des impôts.  
Si j'en crois le précepte de Daniel Morel (psychologue en conférence sur la considération, mercredi dernier), "ce qui est souligné se renforce" - d'où l'idée de mettre en valeur les qualités que l'on désire voir croître; et de se taire sur les défauts que l'on craint. Donc, ceux qui ont peur de la banqueroute se comportent exactement à l'inverse de la stratégie qui permet la réussite. 
J'aime aussi la formule de Michel Tournier : "Ce qui n'existe pas insiste". Les peuples bafoués, comme les enfants maltraités ou les femmes non respectées, font obstacle comme ils le peuvent à ce qui les empêche de vivre.
Athènes en feu, photo publiée par Rue 89 le 13 février